Entrevue 23 : Josée, 50 ans et infertile de manière inexpliquée.

Josée est une femme célibataire de 50 ans. Elle est enseignante en français au secondaire dans la région de Montréal.

 Sans enfant par circonstances de la vie, elle a été confrontée au difficile diagnostic d’infertilité inexpliquée.

 1-Comment as-tu découvert ton infertilité, Josée?

Suite à la rencontre de mon mari ,vers l’âge de 21 ans, nous avons tenté d’avoir un enfant pendant plusieurs années, sans succès. Nous nous sommes ensuite tournés vers les cliniques de fertilité dans le but de trouver les raisons de cette incapacité. Les tests de mon mari se sont avérés parfaitement normaux. Quant moi, les médecins ont statué que j’étais infertile sans pour autant être en mesure d’expliquer pourquoi.

Suite à ce diagnostic, j’ai pensé à l’adoption. Toutefois, mon mari de l’époque n’entrevoyait par cette possibilité comme une piste de solution envisageable.

Puis, avec le temps, notre relation amoureuse s’est transformée davantage en une relation amicale. Nous nous sommes éventuellement séparés.

Deux ans plus tard, mon ex- mari a eu un enfant avec sa nouvelle conjointe.  La nouvelle de cette naissance fut évidemment un choc pour moi.

2-Que t’as apporté ta relation suivante avec un homme, père d’un jeune garçon ?

À travers cette relation, j’ai pu jouer un rôle de mère auprès de l’enfant de mon conjoint. Je me suis occupée de cet enfant comme s’il s’agissait de mon propre fils.

Je me suis éventuellement séparée très douloureusement de cet homme et par le fait même de son enfant.

Ce fut extrêmement pénible émotivement.  Malgré tout, je conserve encore des liens très fort avec l’enfant de mon ex-conjoint.

3-  Ton infertilité t’a menée à vivre des deuils. Lesquels? 

 Comme mon désir d’être mère était très fort,  les deuils pour moi furent multiples. J’ai dû accepter que je ne vivrais jamais l’expérience de sentir un être grandir en moi. J’ai aussi renoncé au rêve d’avoir une famille. Je dois également accepter de vivre une vie plutôt en marge de la société par rapport aux autres femmes.

4- As-tu déjà pensé à l’adoption?

Oui. Toutefois, je ne pouvais pas envisager l’idée d’adopter et d’élever un enfant seule.

5- Quelles phrases entendues dans les médias au sujet de la maternité te choquent particulièrement?

Je suis particulièrement ébranlée lorsque j’entends des femmes parler de la maternité comme d’une consécration, comme la chose qui assure l’épanouissement ultime.

Je me questionne aussi beaucoup sur les raisons pour lesquelles les gens choisissent d’avoir des enfants: par égoïsme ou altruisme?

Il y a déjà tant d’enfant sur terre qui sont négligés et abandonnés. Pourquoi ne pas mettre en place des mesures sociales pour venir en aide à ces enfants dans le besoin plutôt que de donner naissance à d’autres enfants…

6-As-tu entrepris des démarches particulières pour arriver à vivre ton deuil de la maternité?

Je réalise avec stupeur, à travers cette entrevue, que c’est la première fois depuis 1994, que je parle de mon deuil et de mon infertilité à quelqu’un.

J’ai consulté en psychologie sans toutefois aborder ce sujet.

Étrangement, je me suis beaucoup confiée à ma chatte qui m’a apporté par sa présence quotidienne,  chaleur et réconfort à travers ces moments difficiles. Sa mort récente créé un grand vide dans ma vie.

J’aurais beaucoup aimé recevoir l’amour inconditionnel d’un enfant et donner inconditionnellement en retour.

7-Est-ce que le fait d’être marraine de la fille de ton frère comble un certain besoin de maternage?

Absolument! Je considère cette enfant comme une bénédiction pour moi et mes proches.

8– Parle-moi de ta profession.

Le fait d’être enseignante m’apporte beaucoup de bonheur. J’aime être en contact avec les jeunes et tisser des relations avec eux. Je crois avoir la chance, à travers mon métier, d’avoir un impact dans la vie d’une multitude de jeunes. J’aime communiquer, faire rire, transmettre échanger.

J’ai constaté aussi la présences de nombreuses femmes sans enfant dans le corps professoral. Quelques unes de ces femmes qui se considèrent pleinement épanouies, m’ont aussi inspiré à vivre en paix avec mon statut de femme sans enfant

9- Quels sont pour toi les avantages d’être une femme sans enfant?

Être sans enfant me donne une grande liberté d’action. Je peux voyager  sans avoir besoin de faire de concessions.

J’apprécie également beaucoup le calme que me procure la solitude.

10- Quels sont tes souhaits et projets pour les années à venir?

Je garde toujours espoir de rencontrer l’homme qui me convient et de vivre une relation amoureuse équilibrée, respectueuse et harmonieuse. Je ne désire pas nécessairement habiter sous le même toit que mon conjoint. Je désire un bonheur simple empreint de complicité et de tendresse.

 

Merci Josée!

 

Depuis cette entrevue, Josée a adopté 3 chats!