Vieillir sans enfant, vieillir à retardement?

Landaise d’origine, Édith Vallée est âgée de 65 ans. Elle est docteur en psychologie et sans enfant par choix.

Edith Vallée soutien sa thèse sur les femmes qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant. Auteur de “Pas d’enfant, dit-elle” , de “La Madone Libertaire” et du tout récent roman ” Pas d’enfant pour Athéna” , elle est la nouvelle collaboratrice de Femme sans enfant.  

Elle s’intéressera, tout particulièrement, aux questionnements des femmes sans enfants autour de la réalité du vieillissement. Je suis heureuse de vous présenter ici son premier billet.
Vieillir sans enfant, vieillir à retardement?

De quoi pourrait-t-on avoir peur quand vient l’âge, alors que l’on a pas d’enfant? De solitude, d’ennui, du regard que l’on porte sur soi, aussi, à l’heure du bilan.

Chacun le sait: on vieillit dans son corps alors qu’on a encore quelquefois vingt ans dans sa tête et il existe des jeunes tellement enclins à se précipiter sur les idées toutes faites qu’on reste étonné de leur peu d’allant dans le monde. Il n’empêche, tous nous finissons par vieillir, et d’abord ceux qui ont commencé tôt.

Solitude ou plénitude?

Ceux qui ont des enfants aiment s’entourer de petits enfants. Souvent, on abuse de leur disponibilité. Certains grands-parents n’osent pas dire qu’ils aimeraient mieux quelquefois aller ailleurs, par exemple partir en voyage, assister à une conférence ou rester tranquille, plutôt que de recevoir leur petite famille envahissante. Mais tous disent que finalement les petits apportent de la joie autour de soi, et cela vaut bien quelques renoncements et le surcroît de fatigue. Quand on n’a pas été parent, évidemment, pas de petits enfants alentour.

Et tant mieux, parce que la vie s’ouvre sur de larges horizons amicaux. Savoir que rien n’oblige à entretenir des relations affectives attachées à des liens familiaux obligatoires, libère. Si l’on est bien en famille, on en profite. Sinon, on va voir ailleurs, liberté impossible à prendre avec enfants et petits enfants. Alors que les familles se renouvellent toujours à l’identique-un bébé de plus- une personne sans enfant a appris à maintenir une curiosité des autres et du monde, vive, attentive, pas seulement focalisée sur ses descendants. Les relations sont précieuses. Qui tourne le dos à la maternité le sait depuis longtemps.

Il y a autour des femmes qui optent pour la non maternité un cercle d’amis qui lui ressemble un peu, et l’amitié est plus sereine que ce qui se passe souvent dans les familles. Quelquefois, en cas de difficulté, certains que l’on croyait amis, fuient. L’annonce d’un cancer ou d’un chômage long raréfie les rangs. Or, il est remarquable de constater qu’une personne qui a su garder son capital d’ouverture à autrui, tisse immédiatement autour d’elle un nouveau réseau de soutien. Pourquoi? Parce qu’elle s’est consacrée à une vie ouverte, jamais fermée à l’intérieur d’une vie familiale close. Il n’y a pas plus égoïste que les familles . Ne pas avoir d’enfant, c’est s’habituer à une ouverture à autrui large, choisie, renouvelable. Par contre, allez donc changer d’enfant ou de parent!

Reste encore la question du grand âge, celui de la maison de retraite. Ne croyez pas que les enfants vont nous manquer. Vous n’en avez pas, aucune raison d’attendre leur visite. Les personnes âgées se plaignent qu’on ne vient pas  les voir assez souvent.C’est l’habitude d’être dépendant d’autrui qui entretient cette frustration. À la maison de retraite, tant que possible, vous vous ferez de nouveaux amis autour de vous. Vous aurez aussi développé une vie intérieure qui remplit votre temps : la lecture, la spiritualité, vos plaisirs personnels comme autant de sources d’échange.

Et la mort? N’est-on pas absolument seul, chacun devant la mort? Enfant ou pas, la mort est un passage solitaire dont on ne sait rien, et personne ne meurt à votre place. On peut être apaisé parce que l’on a accompli son trajet. Ou parce que l’on croit en une vie dans l’au-delà.

Le conseil: entretenir son réseau d’amis, les aimer, le leur dire, et ne jamais cesser de vous faire belle et avenante pour que les autres viennent à vous avec plaisir. Vous restez seule chez vous le grand âge venu, installez-vous donc avec une amie. Vous partagerez les soins à domicile et le plaisir d’être ensemble.

L’ennui? Moi, jamais.

Les petits enfants sont magnifiques à observer parce qu’il portent un regard émerveillé sur le monde. Ils ont tout à apprendre. Et vous, avez-vous tout appris du monde? Bien ennuyeux est celui qui croit tout savoir et a cessé de progresser! C’est cela qui maintien jeune: l’envie de comprendre mieux, de connaître davantage, d’établir des relations neuves entre les choses. Laisser donc vieillir ceux qui veulent transmettre à une progéniture à tout prix, vous avez toujours, à chaque instant, beaucoup à vivre par vous -mêmes et à vous émerveiller.

Le conseil: garder vifs l’acuité intellectuelle, le goût du savoir, l’envie de vous déployer. Ne laissez pas d’autres le faire à votre place. Tout le monde a des talents ou des envies qu’il ne développe pas; rencontrez des personnes avec qui partager votre apprentissage.

Hommes et femmes, choisissez votre camp.

Les relations entre hommes et femmes sont différentes quand on n’a pas d’enfant. Les hommes disent que les femmes sont différentes quand on n’a pas d’enfant. Les hommes disent que les femmes qui n’ont pas été mères ont une vie sexuelle plus dynamique. En effet, pendant les premiers temps de la maternité le désir s’émousse car l’essentiel des sentiments s’oriente vers l’enfant. Justement, les femmes qui ont tourné le dos à la maternité ne sont pas éloignées des hommes. Avec l’âge, le besoin de sexualité peut diminuer. Alors , les hommes pour bien vieillir, ont besoin d’une femme qui les écoute et leur apporte une intériorité qu’ils ont peu développée au cours de leur existence. Le vieillissement se passe mieux pour eux, en couple. Les femmes non. Habituées à échanger en profondeur entre femmes, elles continuent à parler de leur intimité entre elles. C’est toujours très stimulant de se retrouver entre amies pour parler de soi, échanger, rire ensemble.

Le conseil: Pour bien vieillir, savoir que les femmes n’ont pas vraiment besoin des hommes, mais bien des femmes.

Le bilan

Enfin, la sérénité accompagne l’âge pour qui a le sentiment d’avoir accompli sa vie. Point crucial pour les femmes sans enfant. Avec un choix assumé, nul regret: au contraire, la vie est bien assez riche. Mais quand une femme se trouve sans enfant alors qu’elle ne l’a pas voulu, ce n’est pas la même chose. Elle doit opérer un deuil, certes, mais il restera une pointe de nostalgie si elle n’est pas persuadée au fond d’elle-même, qu’une femme peut s’accomplir pleinement, mère ou non.

On dirait la fausse croyance qui écrit l’équation: femme =mère, taillée dans le marbre des connaissances répandues en psychologie. On s’appuie souvent sur ce que ‘on sait du développement des premières années pour laisser entendre que sans désir d’enfant, une femme serait incomplète. C’est là ne pas tenir compte de la complexité de l’être humain, de sa plasticité, de sa capacité à transformer son énergie intérieure. Car le désir d’enfant est une énergie. Quand une femme tourne le dos à la maternité, elle oriente cette énergie ailleurs pour en faire autre chose qu’un enfant.

Il est possible de le montrer en éclairant justement les moments où se forme le désir d’enfant; je le ferai dans un prochain article.

À l’heure du bilan, il faut  se souvenir que joies et épreuves nous ont faits tels que nous sommes. Soyons rassérénés d’avoir agi au mieux de ce que nous pouvions au moment  des décisions qui ont orienté notre vie. Ne pas avoir d’enfant n’entraîne aucun sentiment de manque quand il s’agit d’un choix. Et si cela s’est fait malgré soi, c’est peut-être une chance puisque l’énergie connue au départ contribue à tout âge à faire de nous des êtres amoureux de la vie et des autres. Alors vieillir vient doucement sans même que l’on se rende compte, sinon, au niveau des articulations.

Édith Vallée