Être une jeune professionnelle sans enfants 

Tranche de vie

J’ai 22 ans. C’est la fin de mon stage universitaire

« Rosalie, ton stage parmi nous s’est très bien passé! Tu es dynamique, organisée, et irréprochable. Par contre, il y a un point qui nous pose problème : ton intégration dans l’équipe. Au dîner, tu ne t’impliques pas dans les conversations. C’est important d’être sociable, tu sais ».

Les discussions du midi? En général, je mange ma salade en écoutant les échanges vagues qui tournent autour de couches lavables, du choix d’une école secondaire pour Arthur-Gabriel ou de la course pour trouver un camp de jour pour Mya-Océann. Comment pourrais-je contribuer à la discussion? En ce moment, ma réalité à moi, c’est faire des demandes de bourses pour financer mes études de maîtrise l’an prochain, et réussir ma dernière session d’université. Pas de gérer un quotidien avec des enfants.

J’ai 25 ans. Au bureau, de retour des vacances d’été

La question fatidique qu’on nous pose inévitablement en tour de table, ou autour de la machine à café : « Tu as fait quoi pendant tes vacances? »

Collègue numéro 1 – « J’ai été au Mexique avec mon mari et mes enfants. Ça va nous créer des souvenirs… »

Collègue numéro 2 – « On a été camper au Saguenay en famille. Enfin, du temps de qualité avec les enfants. »

Collègue numéro 3 – « On a fait plein de sorties avec les enfants : au zoo, à la plage, dans des festivals…»

Soudainement, je n’ai pas envie de répondre à la question sur la façon dont j’ai occupé mes vacances. Toutes les réponses des autres tournent autour des enfants, de la famille, de la bulle familiale, et de l’importance de décrocher « en famille ».

Va-t-on me trouver frivole, « plate », ou pire encore, immature, si j’évoque mon roadtrip solo, ma pile de livres, mes soupers entre amies, ou le temps passé chez mes grands-parents?

J’ai 30 ans. Je travaille pour le même employeur depuis cinq ans.

Véro? Elle est partie deux fois en congé de maternité depuis mon entrée en poste. Son cubicule est maintenant parsemé de photos de ses quatre enfants à la plage, en costume d’Halloween ou avec le Père Noel du centre commercial. Roxanne vient tout juste de revenir de son congé parental. Quelques mois plus tôt, elle était venue au bureau, durant son congé, pour nous présenter le petit Louis-Philémon. Mathilde, quant à elle, vient de nous annoncer qu’elle est enceinte : l’affichage de poste pour son remplacement sera diffusé à la fin de l’été. Le décompte est vite fait, je suis la seule de l’équipe, dans ma tranche d’âge, qui n’a pas « encore » d’enfant ou qui n’a pas pris de congé parental ou de congé pour motifs familiaux, dans les dernières années.

Je suis certaine que les gens des ressources humaines doivent se poser des questions sur mon « cas ».

J’ai 33 ans. Une pandémie mondiale de COVID-19 se pointe

Et hop, on bascule en télétravail. Il n’y a plus de frontières entre la vie professionnelle et personnelle.

J’entends Véro évoquer les difficultés de concilier télétravail et fermeture des écoles en raison de la pandémie. Patricia annule notre réunion de travail car elle a les enfants avec elle aujourd’hui. Diane travaille en direct de son chalet et ses ados apparaissent en arrière-plan de la visioconférence.

Je les envie.

Leur vie est plus « équilibrée » que la mienne.

Quand on était en présentiel, on n’avait pas cet accès direct à la vie privée de nos collègues. Maintenant, ça occasionne trop de comparaisons.

J’ai 35 ans. Après deux ans de pandémie, mon employeur organise une sortie en présentiel, de « team building », aux pommes.

Conjoint.e.s et enfants sont invités.

Je ne veux pas y aller.

J’appréhende de rester dans mon coin, et que chacun de mes collègues reste avec sa bulle familiale. Et je ne veux pas devoir répondre aux questions éventuelles de l’analyste du 5e étage ou de la chef d’équipe du 3e étage dont je ne connais même pas les noms : « Et toi, as-tu des enfants? », « Tu es venue seule? »

Et j’appréhende déjà les questions sur ce que je vais faire de mes deux semaines de congé pendant le temps des Fêtes.

 

Vous vivez difficilement avec votre vécu sans enfant? Découvrez comment je peux vous aider 

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