La journaliste Jocelyne Cazin témoigne sur sa vie sans enfant!

22 septembre: Accueillons notre réalité!

Avec le temps et grâce à une démarche de deuil, il est possible d’accepter sa vie telle quelle est et surtout, il devient ensvisageable de se tourner vers la réalisation de nouveaux rêves. Cela ne veut pas dire que nous oublierons de si tôt notre rêve déchu de devenir parent mais bien que nous nous tournons vers de nouvelles avenues.

Réfléchissons ensemble sur notre évolution depuis la dernière World childless Week 2018. Qu’avons-nous mis en place depuis l’année passée pour accueillir notre vie sans enfant? Quels changements avons-nos effectués pour répondre à nos besoins d’accomplissement personnel? Quels moyens avons-nous choisis pour nous tourner vers la réalisation de notre de vie, de notre Plan B? 

Je suis heureuse de vous présenter cette entrevue inédite réalisée avec la journaliste québécoise Jocelyne Cazin ,il y a de cela quelques années. J’attendais le moment opportun pour la diffuser: le voici!


 

Dans ma vie de jeune adulte, je ne cultivais pas tellement le sens des responsabilités familiales. En 1972, de mon union avec Robert est né un garçon, Patrick. Mais mes folies de jeunesse me réservaient une surprise. À sept mois de grossesse, trente-cinq heures de contractions toutes les cinq minutes, je peux prétendre que j’ai connu un avant-goût de la maternité. Comme si le sceau de la maternité se méritait par les années!

Et puis, une semaine après l’accouchement, probablement parce que ma destinée me voulait ailleurs que dans un rôle de mère de famille, Patrick n’a pas survécu à cette arrivée trop hâtive. Vous dire la culpabilité que jai vécue à ce moment-là, gonflée par l’attitude méprisante de ma belle-mère qui, dès le départ, n’avait pas accepté ce mariage ; je n’étais que l’ombre de moi-même.Aussi L’époux d’alors ne m’a pas pardonné ma délinquance durant ma grossesse. En apprenant que j’étais enceinte, j’avais entrepris de faire un dernier voyage de vie de fille avec une amie plutôt que de me préparer à devenir une bonne maman.  Le but n’est pas ici de me disculper ou de me justifier. Mais mariée trop jeune – à dix-neuf ans –, la mort dans l’âme et dans le couple, il devenait de plus en plus ardu de prendre mes responsabilités d’épouse. J’étais malheureuse comme les pierres avec cet homme que je préférais voir sur les pistes de ski plutôt que dans le lit conjugal.   Patrick, qui portait le prénom de mon cousin préféré, fut enterré dans le mausolée familial de mon mari au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, et la cérémonie se déroula sous les regards assassins de ma belle-mère et de mon conjoint.

Avec le recul, j’ai la ferme conviction que la conciliation travail-famille – une expression qui n’existait pas encore dans les années 1970 – aurait été un fardeau trop lourd à porter pour moi. Je me suis donc étourdie dans le travail et je suis devenue la journaliste que je suis devenue après 35 ans de métier.  Non je n’ai pas eu d’aide pour me sortir de cette culpabilité qui m’a tout de même suivi trop longtemps. Que dis-je! J’ai frayé dans le groupe des Alcooliques Anonymes durant six ans pendant que je faisais mes preuves à la radio comme journaliste.  Certainement que ce passage dans ce mode de vie bien particulier m’a servi à bon escient. Ma personnalité plutôt positive et fonceuse m’a donné le coup de pouce qu’il fallait pour continuer. Les amies autour ont certainement contribué à me garder en vie parfois lorsque tout était noir.

Ai-Je des regrets? J’ai entrepris une superbe carrière qui laisse encore des traces aujourd’hui, mais ce ne sont que des traces, ceci dit sans amertume. Mon exemple ne peut servir qu’à titre de témoignage. Si c’était à refaire, je referais presque le même parcours. Comme aurait dit quelqu’un; vaut mieux avoir des remords que des regrets:-)

Jocelyne Cazin, 2019

PS: Des extraits de mon livre ” J’Ose déranger” sont intégrés dans ce texte