La question qui tue! Comment l’éviter et laisser place à la vulnérabilité en relation.

À chaque fois que je dis à quelqu’un que je ne peux avoir d’enfant car je suis infertile, c’est automatique. On me pose LA question qui tue: As-tu pensé à l’adoption?

Au début de mon deuil de la maternité, cela m’irritait au plus au point. J’avais juste envie de répondre sur le coup de la colère: ” Mais c’est clair que c’est la première chose à laquelle j’ai pensé!!!”

Mais pour moi, la réponse à cette question est hautement personnelle et chaque femme a une réponse qui se décline dans différentes teintes.

Dans mon parcours, cette réponse est venue très clairement et rapidement à l’âge de mon diagnostique à 14 ans: je n’adopterai jamais. Je ferai le deuil de la maternité.

Et voici pourquoi.

Toute mon enfance a été marquée par les observations de mes parents sur ma personnalité et mes aptitudes qui ressemblaient à celles de ma grand-mère maternelle.

“Tu me fait tellement penser à ta grand-mère! Tu lui ressembles physiquement.Tu as son talent naturel pour la musique, tu aimes enseigner comme elle et tu as son tempéremment artistique”.

C’est devenu une évidence pour moi : le patrimoine génétique familial avait été transmis d’une génération à une autre.

Et cela m’a frappée : si je ne peux transmettre à mes enfant biologiques ses forces intrinsèques, je n’aurai jamais d’enfant . Car si je suis vraiment honnête envers moi-même,  j’avais envie que mes enfants me ressemblent sur certains points. Je voulais pouvoir me reconnaître en eux. En écrivant ces mots, j’éprouve un malaise: serais-je un peu narcissique? Peut-être… Et en  même temps, j’ai à coeur de m’accepter telle que je suis et surtout d’être transparente et entière car peut-être que d’autres femmes se reconnaîtront dans mon témoignage.

Alors, indéniablement, ma voix ne serait pas de transmettre ma génétique mais bien de partager à partir de celle-ci,à un plus grand nombre, et non pas dans le vase clos de la famille biologique ou adoptée.

J’ai eu envie rapidement d’ouvrir le cercle des personnes à qui je donne: de mon temps, de mes ressources, de mes passions, de mon écoute, de mon empathie et de mon amour. Car je crois que des talents, des forces, ne se transmettent pas seulement à des enfants. Je donne à partir de mes ressources acquises ou non à ma famille, à mes amis, à mon travail et aux femmes sans enfant qui me lisent.

J’ose dire que je crois que derrière la question As-tu pensé  à l’adoption se cache un pronatalisme sociétal intégré, un malaise face à la vie hors norme, différente, sans enfant. Cela devient une question automatique que l’on pose sans réaliser qu’elle occulte, dès qu’elle est dite, tout autre type d’expérience dans le monde des adultes.

J’ai eu envie de vous partager, adultes ayant des enfant,  des pistes à explorer sur comment interagir de manière plus empathique quand une femme vous dira qu’elle n’a pas d’enfant par circonstances:

1-Lorsqu’une femme vous confie qu’elle ne peut avoir d’enfant par circonstances, on peut penser qu’elle dépasse ces émotions pour vous parler de son expérience:

  • sa  profonde tristesse
  • ses manques
  • ses peurs
  • sa honte
  • son deuil
  • sa solitude

2- Simplement, démontrez votre empathie en disant par exemple:

-Je suis désolée.

-Ça ne doit pas être un deuil simple.

-Tu as toute mon empathie.

2- C’est habituellement à cette étape que les choses se corsent et que les gens:

a)posent des questions qui peuvent avoir l’effet d’une intrusion pour la femme sans enfant:

ex:

-As-tu pensé à l’adoption

-Et les traitements de fertilité?

b) parlent de personnes dans leur entourage qui ont vaincu l’infertilité :

ex:

-Quand ma belle -soeur a arrêté d’y penser elle est tombée enceinte!

– Mon amie a fait 2 in vitro et elle a eu des jumeaux: faut pas abandonner!

c) ramènent la conversation à leur sujet

ex:

-Je ne sais pas ce que je ferais sans mes enfants…

-Mais ne serait rien sans mes enfants!

Ce qui serait à privilégier à l’étape 2 serait de simplement demander si la femme est à l’aise d’en parler davantage. Si elle vous répond par la négative, respectez son silence et son rythme. Ce n’est peut-être pas l’endroit ou le moment propice pour en parler.

Si elle vous répond de manière positive:

Écoutez. Cela semble simple mais c’est l’action la plus ardue à faire mais la plus belle à offrir à une femme sans enfant. Gardez en tête que si une FSE se confie à vous, elle vous dit indirectement qu’elle se sent en sécurité avec vous, qu’elle a l’impression que vous serez accueillant et sans jugement.

Saviez-vous qu’il n’est pas rare que je rencontre des FSE qui refoulent leur histoire d’infertilité pendant des années? Alors lorsqu’elles trouvent le courage de partager leur vécu, il faut être prêt à l’accueillir et vous vivrez  probablement avec elle, un moment chargé en émotions et en intensité.

3- Remerciez – la pour ce moment que vous avez passé avec elle. Peut-être que vous ne le réalisez pas sur le coup, mais cela vous rapprochera de cette personne car vous aurez été témoin et aurez eu accès à sa vulnérabilité.

4- Occupez-vous de votre vécu suite à cette confession avec une autre personne ( amie, thérapeute, collègue). Ce type de confidence peut déclencher toutes sortes d’émotions qui sont très normales: de la tristesse, des questionnements, des malaises et de l’impuissance.

J’espère de tout mon coeur que ces pistes seront éclairantes pour vous et que la prochaine fois qu’une FSE vous parlera de son vécu, vous y penserez à deux fois avant de poser LA question qui tue…

 

Catherine-Emmanuelle Delisle

TRA, Thérapeute en relation d’aide™  et créatrice de femmesansenfant.com


 

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