Le vécu complexe des FSE par circonstances en temps de pandémie

“… J’ai vécu difficilement de ne pas pouvoir être touchée par quelqu’un pendant des semaines étant célibataire…”

Caroline

“…Un mélange d’émotions pendant cette période face au fait de ne pas avoir d’enfant par circonstances. Bizarrement, le confinement et la pandémie m’ont amené à me questionner sur le fait d’avoir des enfants dans ces circonstances. Toutefois, comme certaines, je trouve difficile d’entendre les mères se plaindre d’avoir à travailler à la maison avec des enfants autour d’elles. Et évidemment, je suis une des premières à avoir dû retourner au bureau puisque je n’ai pas d’enfant et ce, même si j’étais tout à fait fonctionnelle à la maison. J’ai fêté mes 42 ans dernièrement et pour moi, ça été le début du vrai deuil de la maternité.Je pleure encore à chaque règles qui commencent mais j’essaie vraiment d’en faire mon deuil malgré le fait que confinement m’a laissé beaucoup de temps pour penser, ressasser et voir sur les réseaux sociaux les bedaines de femmes enceintes de mon entourage…”

Élisabeth

“…Ne pas pouvoir voir mon neveu et ma nièce et les serrer dans mes bras a été difficile. Les voyages entre régions du Québec étaient interdits durant le confinement…”

Nathalie

“…Je me suis sentie amputée de ma liberté sociale, de faire des sorties spontanées au restaurant, dans un café, au cinéma ou dans une salle de spectacle avec mes amies sans enfant…”

Élyse

“…Comme nous étions en télétravail dans mon entreprise, pour maintenir le lien, notre manager organisait des pauses café en audio-conférences. J’ai arrêté d’y participer après deux séances… Les participantes ne parlaient que de leurs enfants dont elles s’occupaient car pas d’école ou de leur enfant à naître. C’était trop difficile de les entendre dire combien c’était compliqué et difficile… J’aurais aimé avoir ce genre de complications…”

Sophie

“…J’ai eu l’impression de ne pas exister aux yeux de la société, de travailler pour payer les aides sociales des mères. Je n’ai bénéficié d’aucune aide pour me soutenir en perte de revenus…”

Aglaée

“…Entendre les parents se plaindre de devoir passer du temps avec leurs enfants a été douloureux… J’ai pleuré de rage plus d’une fois…”

Esther

“… J’ai perdu un être cher des suites de la covid.  J’ai vécu de l’inquiétude pour mes proches plus âgés. Mes contacts contacts sociaux en personne sont devenus rares. Enfin, j’ai fait face à l’ annulation, à mon grand regret, d’une tournée de conférences FSE au Québec…”

Catherine-Emmanuelle

“…Je me suis sentie seule et inutile et cela a été difficile à vivre par moments…”

Mona

“…Je me sentais coupable d’être privilégiée d’avoir du temps pour moi….”

Julie

“…Pour moi, c’est la sortie du confinement qui a été difficile. J’entendais les parents et grands-parents qui exprimaient leur joie de revoir leurs enfants. Enfants et petits enfants parlaient du fait qu’ils avaient été eux aussi en manque de leurs grand-parents. Ils étaient une priorité pour eux. Je ne veux pas être ingrate: nous sommes bien entourés. Mais j’ai ressenti le fait de n’être une priorité ou une nécessité pour personne. C’est normal et naturel et ce n’est pas de la jalousie. Mais ce vide du ” sans enfant” s’est ravivé. Avec cette peur de l’avenir, si je reste un jour seule, sur laquelle j’avais beaucoup travaillé avec succès il y a quelques années…”

Judith

“… La pandémie m’a laissé beaucoup de temps disponible à la réflexion. Notre refus d’adoption étant assez récent, j’ai beaucoup repensé à ce que j’aurais pu dire ou faire pour que la réponse soit différente…De plus, des articles et reportages parus dans les médias sur les difficultés des enfants placés en temps de pandémie m’ont fait souffrir d’autant plus. Notre profil n’es pas suffisamment parfait pour être parents mais tellement d’enfants souffrent d’une parentalité absente ou grandement défaillante…”

Lori

 

“… Depuis le début de la pandémie, je trouve très difficile  que la barrière travail/famille se soit brisée avec le télétravail. Pour moi, aller au travail et y voir mes collègues c’était passer la journée dans un environnement sans enfant. C’était un genre de “safe space” pour mon mental. Maintenant, les enfants prennent toute la place au travail aussi: les collègues ne parlent que de ça à chaque début de rencontre, les enfants tous plus mignons les uns que les autres passent fréquemment devant la caméra. Avant, je pouvais évoluer dans mon milieu de travail en ignorant, même si certains collègues avaient des enfants. Maintenant, je suis confrontée plusieurs fois par mois au fait que sur une trentaine de personnes, je suis parmi les trois seules sans enfant. C’est confrontant. 

Je trouve aussi dur de voir que le gouvernement a “profité” de la pandémie pour encore une fois repousser le refinancement du programme de procréation médicalement assistée et que personne n’en parle. C’est dur de mener un combat quand on est en position de fragilité. Les années passent et avec elles, le rêve d’être maman meurt aussi par obligation …”

Ève

“…Durant le confinement, le manque d’enfant a pu se faire cruellement sentir. Manque d’une affection toute simple et spontanée. Manque de jeux, de partages, de moments dans la nature ou à la maison. Même si mon conjoint était très présent et attentif, ça me faisait parfois mal de penser aux amies et leurs collègues avec leurs enfants…”

Mathilde