Les hommes comptent aussi à l’heure du féministe

 

J’ai 33 ans, suis en couple avec un homme de 38 ans, qui a un enfant de 10 ans, issu d’une précédente union et mon conjoint (bientôt mari) ne veut plus d’enfants….

Il y a deux ans à peu près, je lui ai dit en rigolant « Et si on faisait un enfant ? Une petite fille, à moitié toi et à moitié moi ce serait bien non ? Une petite charlotte ? etc… » Nous en parlions de temps en temps, il repoussait le moment de me dire oui… jusqu’au jour où je lui ai dit que s’il en voulait un c’était maintenant ou j’arrêtais tout, je partais.

Pourquoi cette envie à cet instant-là, je ne sais pas. Mes sœurs ont eu des enfants sur cette période, tout le monde me demandait quand serait mon tour ? Comment nous l’envisagions ? Que ce serait bien que ce soit maintenant parce qu’après je serais certainement trop vieille et que j’aurais une grossesse à risque etc…. Tant et si bien que sans m’en rendre compte je me suis inscrite dans ce diktat de l’enfant à la trentaine, du besoin d’enfant pour être heureuse alors que je ne pensais pas comme cela peu de temps avant. Je me disais un enfant oui peut-être un jour, pourquoi pas… un an et demi plus tard je posais un ultimatum à mon conjoint.

Il est parti en vacances avec son fils et m’a appelé un soir en me disant d’accord, on va faire un enfant, je t’aime et je ne me voie pas sans toi. J’ai exulté, rendez-vous chez la sage-femme pour retrait de mon implant, attente des premières règles, discussion sur les possibilités d’avenir, relations sexuelles en disant « peut-être qu’on a fait un bébé ? ». Petit à petit nos rapports sont devenus tendus, mon conjoint me parlait, faisait en sorte de me satisfaire sexuellement mais avait souvent des pannes ou n’éjaculait pas en moi. On en parlait il me disait que ça allait… jusqu’au jour où il n’a plus pu : c’est sorti lors d’un week-end en amoureux, 3 semaines après le début de tout cela, nous nous sommes fâchés, fort, jusqu’à ce qu’il me dise la vérité : « Je ne veux plus d’enfant ». Fin du game comme disent les jeunes, je me suis écroulée et me suis sentie tellement trahie ! Un mois à rêver, à me projeter…Seule au final ! Comment lui qui en avait déjà un se permettait de me dire non, à moi qui n’en avait pas du tout ?

Nous sommes rentrés et je suis allée chez une amie plus âgée et « hors norme ». Elle m’a écouté, a compatis et m’a dit : « Et quand est ce que tu lui as demandé son avis ou laissé le choix ? Quand est ce que tu l’as écouté ? C’est ça l’amour ? Une imposition de nos envies à l’autre partie ? Sur un sujet aussi complexe et impactant que l’enfant, vu ton attitude, je comprends qu’il ne t’ait rien dit et qu’il se soit renfermé sur lui-même, il ne voulait pas te perdre… Il approche de la quarantaine à grands pas, il n’a plus envie des couches et des cris, du bazar qui traine etc.. Il s’est séparé une fois, même si ça se passe bien avec le petit il le voit très peu, il n’a pas envie de reprendre ce risque, de perdre son couple à cause d’un enfant. Dans tous les cas il est perdant : il ne veut pas d’enfants mais si tu ne veux pas réfléchir autrement que la société, tu le quitteras et il te perdra ; il accepte de faire un enfant juste pour toi et ce sera tellement dur pour lui de l’accepter qu’il ne sera pas à la hauteur de ce que tu lui demanderas parce qu’il n’aura pas envie ou se sentira contraint… et tu feras comme son ex-compagne, tu partiras et il te perdra ».

Tout ce qu’elle m’a dit ce jour-là était vrai : un an et demi plus tôt je ne voulais pas forcément d’enfants, je ne lui avais pas laissé le choix et tout ce que lui était prêt à accepter était par amour. Alors qui de nous deux était le plus égoïste ? Celui qui impose son désir possible d’enfants ou celui qui accepte tout pour ne pas perdre l’autre ?

J’ai accepté d’avoir un autre point de vue et de considérer ma vie autrement… et si nous n’avions pas d’enfants ensemble est ce que ce serait grave ? J’ai lu ce que j’ai trouvé, mais la littérature sur le sujet n’est pas facile à trouver et mon positionnement n’est pas orthodoxe : je peux avoir des enfants, mais n’en veut pas parce que mon conjoint n’en veut pas et que je l’aime suffisamment pour accepter de regarder de son point de vue. Le livre de Corine Maier : « No kids, 40 raisons de ne pas avoir d’enfants » a été d’une aide inestimable dans ma réflexion, il nous a beaucoup fait rire mon conjoint et moi et je le recommande à tous, qu’on soit parents ou non !

J’ai pesé ce postulat, longuement, j’en ai discuté avec des ami(e)s, certains ne comprenaient pas et j’avais droit soit à l’idée de la femme soumise qui accepte ce que son conjoint dit comme parole d’évangile, soit à la grande question « n’as-tu pas peur de regretter ? comment est-ce que tu feras quand tu seras vieille ? ». Très peu ont compris du début.

Mais pourquoi l’opinion de la personne que j’aime serait moins importante que la mienne ? Pourquoi parce qu’il est un homme il doit accepter sans condition d’être père ? Pourquoi le statut de mère prévaudrait sur tout autre statut ?

J’ai accepté son idée de ne pas avoir d’enfants, j’en ai fait mon choix. Parce que je l’aime, parce que je pense qu’une relation homme/femme est égalitaire et ne peut fonctionner que sur la confiance pour être vraie et belle. J’aurais pu partir… mais pourquoi ? Dans l’espoir de rencontrer un homme pour avoir un enfant ? Je ne me voyais pas faire cela… et quel respect pour cet autre homme ? Il n’aurait été dès lors qu’un donneur de spermatozoïdes en vue de me permettre d’accéder à mon envie… J’ai à l’heure actuelle un homme que j’aime de tout mon cœur dans ma vie, qui me respecte et qui me prend comme je suis, avec mes idées et mes lubies, mon caractère, mes qualités et mes défauts. Serais-je vraiment juste si je ne lui rendais pas la pareille ? Si je ne l’acceptais pas avec ses idées, dont celle de ne plus avoir d’enfants ? Nous nous projetons très bien dans notre avenir et sommes plein de rêves. Je lui ai demandé il y a peu s’il pensait qu’un jour nous regretterions ce choix. Il m’a répondu « Peut-être mais je ne pense pas, nous avons beaucoup de choses à faire ». Et c’est vrai, une vie sans enfant est une vie toute aussi belle et riche qu’une vie avec enfant.

Les hommes comptent aussi, leurs choix et pensées sont tout aussi importantes que celles des femmes et il est d’autant plus important de le rappeler à l’heure du féminisme !

 

Audrey Peyrasse

France