Mes rendez-vous manqués avec la maternité

Montréal, 27 juillet 2021

Premier amour.  C’était un beau pilote d’avion, collègue de travail aussi.  J’avais 22 ans, lui 23 ou 24; je ne me souviens plus.  Il était superbe et très sensuel, et j’ai tout de suite senti une grande attirance envers lui.

Nous nous sommes fréquentés durant quelques semaines, puis, nous avons emménagé ensemble et ça a duré deux ans.  Les premiers mois, c’était le bonheur total !  Nous en avons passé des après-midi entiers sous les draps, jusqu’au coucher du soleil !)

Puis, les choses commencèrent tranquillement, commencèrent sournoisement, à changer.  Quand monsieur s’aperçut qu’il plaisait à beaucoup d’autres femmes, dont certaines étaient bien plus belles et fortunées que moi.

Nous avons « volé » ensemble à plusieurs reprises, et au début, c’était tellement romantique !  Nous avons aussi voyagé par plaisir.  Je me souviens de notre premier voyage en amoureux.  C’était à la Barbade.  Sur toutes les photos, nous sommes tout sourire, nous sommes si beaux !  Comme des vedettes de cinéma !  (Le bonheur embellit tout l’monde, n’est-ce pas ?)

Je me souviens aussi, hélas, de notre dernier voyage ensemble.  C’était en Suisse, première fois pour moi.  Partout où on allait, il était maussade, me parlait sur un ton paternaliste.  J’ai conservé deux photos sur lesquelles nos visages se détournent l’un de l’autre, en mode « bouderie ».  Je me rappelle m’être posé tant de questions, si loin de chez moi !!  « Qu’est‑ce qu’il a ?  Qu’est‑ce que j’ai fait pour le contrarier ?  Pourquoi a‑t‑il changé ?  Comme j’ai été malheureuse durant ce voyage qui aurait dû être si beau, dans un si beau pays !  Mais chaque jour, j’avais le cœur serré, car je sentais bien qu’il reculait, qu’il m’aimait de moins en moins…

Quelque temps plus tard, il m’annonçait qu’il me quittait.  C’était après m’avoir trompée… tout en me rapportant un petit « cadeau » de son aventure avec une autre.  (J’enrage encore rien que d’y penser…)

Alors il est parti… Puis, surprise : il est revenu quelques semaines plus tard, tout penaud et repentant.  Il m’aimait toujours, disait‑il, ne pouvait vivre sans moi !

Toujours amoureuse, évidemment que je l’ai repris (pauvre innocente !).  Cet après-midi là, je me suis dit, « c’est vraiment mon homme, c’est sûr, je l’aime tant, et lui aussi !  Je le sais, nous ferons notre vie ensemble, et nous aurons de beaux enfants ! » C’était lui, et il m’était destiné !

Puis, alors que je préparais les steaks pour notre soirée romantique, notre soirée de réconciliation et de retrouvailles, le téléphone sonna.  C’était une femme.  Et il m’a pris la ligne, comme ça, après avoir à peine sourcillé…

Après de longues minutes angoissantes, l’appel prit fin, et il m’informa qu’il n’avait pu se retenir de s’arranger pour la revoir dans les jours suivants…

Le choc. Instantanément, je suis devenue rouge de colère !  Puis, après avoir jeté son steak par terre et l’avoir piétiné, je l’ai mis à la porte, folle de douleur.  Puis, j’ai pleuré toute la nuit.  J’ai même pensé élaborer un plan pour m’enlever la vie, pour tout dire. C’était trop dur; et puis, j’avais trop honte pour retourner au travail et affronter les regards de peine ou de pitié…

Je me souviens encore de son odeur, l’odeur charnelle de celui qui m’était destiné.  De celui qui devait, du moins je le croyais, devenir le père de mes enfants.

Je ne l’ai jamais oublié.

Surtout qu’il s’appelait Aimé.

Deuxième R-V manqué

Un autre pilote et collègue de travail.  Cette fois, lui est en amour, mais moi je ne suis pas sûre.  Deux années après le départ d’Aimé, je ne m’étais toujours pas remise de cet abandon qui m’avait fait hurler de douleur pendant des jours en travers de mon lit.

John était un homme bon, et je me suis dit que je finirais par l’aimer (mon erreur).  Nous avons emménagé ensemble, et là aussi, ça a duré deux ans.  En fait, non, un an seulement, car après ce temps, je savais que je ne pourrais pas continuer.  Je suis quand même restée avec lui une année supplémentaire car ça me brisait le cœur de lui faire mal.  Lui voulait tellement fonder une famille avec moi, mais cette fois, c’est moi qui l’abandonnais.

Après deux ans, je l’ai donc quitté, et il a mis du temps à m’oublier, m’a‑t‑on dit.

Puis, éventuellement, il a rencontré une italienne qui lui a fait plusieurs bébés.  Il en fut très fier, les emmenant partout avec lui, surtout au travail, lors de ses congés, quand il avait affaire au bureau.

Et moi ?  On m’a reproché mon geste.  Ce fut très dur, tous les regards désapprobateurs, accusateurs même.  L’ambiance de travail avait changé.

Puis, un jour, j’ai quitté la compagnie (pour d’autres raisons).  Et je ne l’ai plus jamais revu…

Troisième R-V manqué.

Après l’aviation, j’ai rencontré Alex (nom fictif).  Il me rappelait Aimé car il était lui aussi très sensuel et je dirais même, magnétique.  C’est ce qui m’a séduite (il manquait beaucoup de choses, mais je n’ai pas voulu les voir).

Je ne mis pas beaucoup de temps à comprendre qu’il était volage.  Très volage même.  Après notre séparation, après sept ans de vie commune, il m’a avoué que la dernière année, il me trompait avec cinq (5) femmes en même temps !!

Alex et moi aurions peut-être pu avoir des enfants ensemble, sauf que… il était stérile (just my luck!!).  Nous avons même, à un moment donné, pensé à l’adoption, avant d’arrêter notre choix sur l’insémination artificielle.  Puis, Alex décida soudainement que l’enfant devrait être « de son sang »; il approcha donc son frère pour lui demander s’il consentirait à donner son sperme.  Son frère accepta, mais sa femme s’y objecta.  Retour, donc, à la case départ…  Et tant, tant de déception…

Quelques jours plus tard, Alex suggéra même que son frère et moi… pourrions nous mettre au travail « au naturel » !  Mais je ne pouvais imaginer une telle chose, bien que son frère, aussi satyriasiste (nymphomane mâle) qu’Alex – selon ses propres dires, était prêt à le faire, lui.

Le projet tomba à l’eau, et Alex et moi nous sommes séparés.

Après lui, je suis restée 15 ans seule.  Je n’en pouvais plus des hommes et des R-V manqués.  J’ai trouvé un bonheur véritable à l’intérieur de moi.  J’ai appris à m’aimer.

Il me semble que j’aurais dû avoir des enfants. Dans ma vingtaine, il m’arrivait souvent, d’ailleurs, de rêver que j’enfantais.  Puis, je me réveillais brutalement, avant de fondre en larmes…

Aujourd’hui, j’ai 68 ans et je suis mariée depuis presque 18 ans.  Mon mari n’est ni sensuel, ni magnétique; mais il est solide, fidèle, et responsable. Il est mon phare et mon pilier. C’est ce qu’il me fallait. Et nous cheminons ensemble.

Ainsi va la vie, avec notre gros bébé félin que j’adore, et qui comble (un peu) mon vide.

Michèle