Voici un texte qui m’a été partagé par une lectrice sans enfant par choix. Je le trouvais magnifique alors je lui ai demandé son autorisation pour le partager avec vous! 


Mon autre vie

 

J’ai décidé, je crois, de ne jamais donner la vie.

Je crois que je l’ai décidé , même si on me chuchote parfois à l’oreille que c’est ma vie qui l’a décidé dans mon dos.

Ne jamais devenir mère.

Parfois, cette phrase me fait mal et me donne le vertige. 

Mais en même temps, elle me soulage. 

Elle m’apaise en entier. 

C’est un soupir éternel. 

Une grasse-matinée continuelle. 

Oui , c’est vrai que ma vie s’arrête un peu ici, avec ces mots , avec cette décision. 

Je la vois perchée vers moi, ma mort , me guettant sourire en coin. 

Je l’affronterai , un jour , toute seule , comme une grande.

Je pense que de ne pas donner la vie , c’est mourir un peu chaque jour. 

C’est la fin à chaque coucher de soleil.

Il n’y a pas de promesse dans notre histoire. 

Une histoire sans promesse est une histoire qu’on ne lit qu’une seule fois. 

J’y crois, qu’être en vie est la plus belle chose qui soit. 

J’y crois , qu’être mère est la seconde. 

Mais pourtant. 

Pas ici , pas maintenant , pas comme ça , pas dans ces conditions où l’on arrache l’amour comme de la mauvaise herbe. 

Pas ici , pas maintenant , pas comme ça , pas dans ces conditions où les canaux de mon cœur sont rempli de fuites. 

Pas dans mon histoire à moi.

Je ne crois pas que l’amour qui découle de cette hémorragie a le pouvoir de faire grandir, correctement.

Je ne suis pas correctement grandie moi-même.

L’esprit valétudinaire, il ne pourra pas faire contre-poids à un cœur perforé. 

Ce texte me poignarde.

J’ai mal. 

J’ai mal d’une tendresse refoulée.

Mon ventre fera toujours bondir l’écho de ce qui aurait pu être.

Il restera vide de vie.

Ça , être mère, c’est la vie que je n’aurai pas.

Mais, maintenant, il y a la vie que j’aurai. 

Car ma vie ne s’arrête pas là , loin de là.

Ma vie ne s’arrête pas à la vie que je ne donnerai pas.

Car même s’il celle-ci n’est pas en moi, elle abonde autour de moi. 

Et je fais le choix , chaque jour ou presque , d’aimer et de m’amuser.

J’enseignerai , j’écrirai , je lirai.

J’explorerai, je créerai, je peinturerai. 

La non-maternité est une réalité qu’on diabolise. 

Pourtant, je pense que la non-maternité façonne des femmes libres. 

Et je pense que cette liberté n’est pas toujours bien vécue par celles-ci.

Les femmes ont peur de la liberté.

Elles ne savent pas quoi en faire.

L’histoire leur a apprise à être souvent plus qu’autrement, des servantes.

Il y a peu de temps , dans les années 50 , le seul rôle qu’on voulait bien laisser à une femme était celui de mère et de ménagère.

Ses seuls droits et l’étendue de ses devoirs : faire plaisir à son mari en étant une bonne femme au foyer. 

Parce qu’il était véhiculé que la femme idéale était forcément une femme au foyer, qui passe sa journée à s’occuper des enfants, des tâches ménagères et des repas.

Il n’est donc pas étonnant de constater l’immense malaise entourant les femmes sans enfant. 

Que sont-elles?

Ou plutôt

À quoi servent-elles?

On pense que leur vie est une moitié de vie.

Leur bonheur , une moitié de bonheur.

Parce que la femme ne pourrait-elle pas être créatrice au-delà de procréatrice?

Parce que la femme ne pourrait-elle pas s’approprier entièrement son existence sans mettre au monde un enfant ?

Parce que la femme ne pourrait-elle pas être aussi vecteur de changement , d’amour et d’évolution sans avoir de rejeton?

Parce que la femme ne pourrait-elle pas trouver son plaisir AILLEURS que dans la maternité?

Je comprend l’infini tristesse de la femme infertile qui souhaitait avoir un enfant.

Je comprend l’intemporalité de ce deuil.

Mais, j’aimerais apaiser cette souffrance aujourd’hui en lui soufflant à l’oreille qu’une autre vie, aussi belle et aussi riche existe pour elle.

Car je l’ai dit plus haut , être en vie est LA plus belle chose qui soit. 

Non je n’aurai jamais d’enfant.

Par choix.

Ça, il n’y a que le temps qu’il me le dira.

Par contre, la vie sans enfant devant moi m’excite au plus haut point. 

Et ça , j’en ai le droit.