Comment rebondir suite à l’épreuve de ne pas pouvoir avoir d’enfant ?

 

Tout a commencé avec un livre.  En fait, tout a recommencé avec un livre.  The Next Happy par Tracey Cleantis.

Ce livre m’a allumé une étincelle.  Celle d’avoir envie de rebondir.  Celle de résister à me laisser anéantir par la peine, la plaie béante que j’avais dans le ventre, pour choisir d’éclore à nouveau.

Après des années en cliniques de fertilité, 8 essais infructueux d’insémination artificielle, 3 grossesses par fécondation in vitro (FIV) qui se sont toutes soldées par des fausses-couches (dont deux fois des jumeaux), 1 divorce crève-cœur et la perte de ma maison de rêve, je me suis brisée, effondrée.  Puis, grâce à la résilience, me voici dans MON NEXT HAPPY, à l’âge de 46 ans.   Je n’ai pas eu à chercher ce nouveau bonheur, c’est lui qui m’a trouvée.  Il me fallait dire oui.  Accepter que j’y avais droit.  Malgré la douleur, malgré les échecs.

J’ai maintenant un nouvel amoureux, et je suis la belle-mère de ses deux magnifiques filles.  Nous avons même acheté un chalet en Estrie, près d’un paisible ruisseau.

Mais cette grande transition, ce grand changement ne s’est pas fait rapidement, ni sans grands bouleversements.

Mais, qu’est-ce que la résilience ? Je vais commencer par vous dire ce que N’EST PAS LA RÉSILIENCE.  Premièrement, ce n’est pas l’OUBLI.  Je ne vais pas, et je ne peux pas vraiment oublier.  Ni mon ex-mari, ni les enfants que nous avons presque eus. Delphine, Léo, Simone, Laurier, Marguerite…  ils avaient des noms.  Une chambre.  Nous avions des images, des rêves, plein d’idées pour notre vie familiale.  Ça ne s’oublie pas.  Une maison qu’on a habitée, aimée et chouchoutée, ça ne s’oublie pas vraiment non plus.

La résilience, donc, ce n’est pas l’oubli.  C’est en fait reconnaitre que ces personnes, ces endroits, ces évènements ont fait partie de moi, font encore partie de MON histoire.  Je pense que ça commence par RECONNAÎTRE ce qui a été et qui n’est plus.  La résilience, ce n’est pas le déni.  Ce n’est pas dire « tout va bien » quand on est brisée.  C’est reconnaitre qu’on est brisée et qu’on peut avoir besoin d’aide pour se relever, se réinventer.

Selon Boris Cyrulnik, la résilience est « la capacité de la personne à rebondir suite à un choc ou un traumatisme ».

Donc pour moi, la résilience c’est reconnaitre, accueillir la réalité, puis rebondir.

Comment se remettre à vivre pleinement après toutes ces pertes ?  J’ai envie de vous partager certaines des stratégies qui m’ont aidée ou amenée à rebondir.

L’une d’elles est assez évidente, assez connue, mais difficile à appliquer quand on est couché au fond du baril de la tristesse.  Il s’agit du classique « voir le verre à moitié plein au lieu d’à moitié vide ».  Il était très facile et très tentant pour moi de me concentrer sur les pertes.   Sur ce que j’avais perdu, ce que je ne pouvais pas avoir.  Perdu mon mari, ma maison, mes « bébés », mes rêves d’adoption….   Puis, j’ai décidé de mettre mon attention sur ce que j’avais encore.  Quand je me prenais à dire ou penser « j’ai tout perdu », je me reprenais, je m’auto-corrigeais.  Qu’est-ce que je n’ai pas perdu?

STRATÉGIE #1 : SE CONCENTRER ET METTRE SON ÉNERGIE SUR CE QU’ON A, CEUX QU’ON AIME.  PAS SUR CE QU’ON A PERDU OU QU’ON NE PEUT PAS AVOIR.

J’avais des amis, plusieurs amis et partenaires d’activités.  Deux amies d’enfance incroyablement présentes et soutenantes. Une autre amie, très compréhensive étant elle-même sans enfant.  Deux fantastiques et beaux filleuls  et une famille tricotée serrée.

J’avais encore l’amitié, le respect et le soutien de mon ex-mari.  De par notre complicité et les épreuves que nous avions partagées, nous sommes restés amis et de bons supports l’un pour l’autre.  Malgré la douleur du divorce et de nos différends, j’ai encore une pensée pour lui, surtout à chaque fête des pères, sachant qu’il ne sera pas père, malgré toutes les années d’essais, à cause de notre infertilité.  Nous gardons de l’empathie l’un pour l’autre malgré la séparation.

STRATÉGIE #2 : SE PERMETTRE DE FAIRE DES PAS ET DE RÊVER.  MÊME DE PETITS PETITS PAS, DE PETITS PETITS RÊVES. 

Quand j’étais au plus bas, me demandant si la vie valait la peine, je me suis demandée, « qu’est ce que j’aime encore? ».  J’avais encore envie de parler avec quelques amis.  J’avais beaucoup d’amis, mais seulement certains à qui je sentais que je pouvais réellement me confier.  Certains amis sans enfant, un ami de longue date, mon frère…  De toutes les activités que j’avais déjà aimées, seulement deux me tentaient encore : la photographie et les balades dans la nature.  Pendant un congé de maladie de 2 mois, j’ai donc essayé de prendre une marche en nature à tous les jours.  J’ai débuté un cours de photographie numérique.  Il y a des jours où je n’arrivais pas à sortir de chez moi.  Mais quand j’y arrivais, la nature m’apportait toujours une belle surprise.  Un oiseau, une fleur, un insecte.  Et parfois une opportunité de photo.  J’ai recommencé à me sentir vivante.  Puis à rêver.  De plus en plus de choses me tentaient, me plaisaient.  De vieux intérêts, puis des nouveaux, comme la course en rabaska ou le jardinage.

Ensuite mon ex et moi on a finalement vendu notre maison, après 2 années à essayer en vain de passer à autre chose.  Et j’ai trouvé une nouvelle stratégie.

STRATÉGIE #3 : SE BÂTIR UN NID DOUILLET, UN ENDROIT SÉCURITAIRE. 

Je suis allée en retraite de yoga.  Pour visualiser où je voulais vivre.  J’ai visualisé un « appartement lumineux », avec un chat.  Et j’ai réfléchi à comment lâcher prise sur cette maison que j’aimais tant.  Cette maison qui abritait mes rêves de famille et qui avait vu mes trois grossesses trop courtes mais combien désirées.  J’ai écrit une lettre de gratitude et d’au revoir à ma maison.  J’ai trouvé l’appartement lumineux, avec l’aide d’une bonne amie, et j’ai trouvé mon chat, Raoul, avec l’aide de cette même amie.

STRATÉGIE #4 : SE FIER AUX OUTILS QUI ONT DÉJÀ FONCTIONNÉ POUR NOUS PAR LE PASSÉ. 

Nous sommes tous passés par d’autres épreuves dans notre vie.  Épreuves plus petites ou plus grandes que la perte d’un enfant ou l’incapacité de concevoir un enfant, selon nos destins et nos perceptions.  Pour ma part, j’avais vécu la perte de ma propre mère, à l’âge de 21 ans. Une maman, souriante, belle, aimante.  Morte soudainement et tragiquement au jeune âge de 47 ans.  Alors j’ai tenté de me souvenir de ce qui m’avait aidée à cette époque passée.  L’ÉCRITURE D’UN JOURNAL, SORTIR AVEC MES AMIS, ÉCOUTER DE LA MUSIQUE, AVOIR DES PROJETS DE VOYAGE.  J’ai donc réutilisé ces stratégies.  Voir des spectacles de musique, écrire et voyager.  Ma jeune nièce m’a invité à faire un voyage avec elle en Amérique Centrale.   Malgré les bouleversements dans ma vie, j’ai dit « oui » et ce voyage fut extrêmement riche pour ma renaissance et ma reconnexion avec une énergie vitale.

Par ailleurs, lors du deuil de ma mère, ça m’a pris des années à m’en remettre.  Cette fois, je me suis dit « la vie est trop courte ».  J’aurais pu pleurer et digérer mes deuils pendant des années.  J’ai décidé de vivre mes deuils tout en disant OUI à la vie.

STRATÉGIE #5 : DIRE « OUI !  »     OUI À LA VIE, À L’AMOUR, ET TOUT CE QUI EST SAIN ET NOUS FAIT SENTIR MIEUX. 

Quand j’étais au plus bas, j’ai écrit dans mon journal que je devais dire OUI, autant que faire se peut, à 3 catégories de choses : Amour, repos et action positive.  Je vous partage des exemples.

Amour/amitié/auto-compassion

-sortir avec mon père ou mon frère, marche avec une amie, cadeau à moi de moi

Repos

-sieste, bain chaud avec chandelles, méditation, marche en pleine conscience

Action positive

-jardinage, bénévolat, entraînement, sport, appel bienveillant à quelqu’un pour qui on ressent de l’empathie

Malgré le deuil, la tristesse et toutes les émotions liées à l’échec, la colère, le découragement qui viennent avec l’infertilité et le deuil périnatal, j’ai laissé de l’ESPACE et accordé de l’énergie au positif.  Oui, c’est épuisant.  Ça demande beaucoup d’énergie, beaucoup de volonté, et aussi de l’aide.  Mais la vie est courte, trop courte pour passer à côté de ce qui est beau et bon pour nous.  Un bon ami m’a invité à un weekend de yoga et de danse.  J’y ai rencontré mon futur amoureux.  Celui-ci m’a invité à prendre un café….  je n’étais pas du tout prête pour l’amour mais le gars était intriguant, alors j’ai dit oui pour un café….  Puis la suite fut un grand amour.  Alors je vous encourage à dire « oui » à la vie, à y mettre de l’énergie même si votre deuil n’est pas résolu.  Le deuil d’un enfant, de toute façon, n’est jamais complètement résolu.  Ça va, ça vient.  Parfois on va mieux, puis …   « paf! » une grossesse d’une jeune collègue, une amie devient grand-mère, quelque chose vient réveiller la blessure.

STRATÉGIE #6 : DEMANDER ET ACCEPTER L’AIDE DE GENS DE CONFIANCE.  CHERCHER DE L’AIDE PROFESSIONNELLE. 

J’ai eu besoin et j’ai toujours besoin d’un psychothérapeute pour surmonter mon sentiment d’échec, pour me libérer des douleurs liées à la perte de mes enfants, de mon ex mari et de ma maison.  J’ai eu besoin d’une professeure de chi-gong et d’un enseignant de yoga pour m’aider à retrouver une certaine paix intérieure et une énergie vitale qui me manquaient cruellement quand j’étais au plus profond de ma peine et de ma déception.

STRATÉGIE #7 : TÉMOIGNER.  SAVOIR QUE NOTRE HISTOIRE VAUT LA PEINE D’ÊTRE ENTENDUE, MÊME SI ELLE NE CORRESPOND PAS À LA BELLE HISTOIRE QUI FINIT AVEC UN BÉBÉ ET QUE TOUT LE MONDE SEMBLE VOULOIR ENTENDRE. 

Témoigner brise les tabous. Témoigner permet de se sentir reconnue dans notre expérience de femme sans enfant (FSE) ou homme sans enfant (HSE).  Je l’ai fait avec une journaliste de Châteleine.  En partageant mon histoire avec Catherine Emmanuelle Delisle de FSE.com (montrer site) et avec Heidi Barkun pour son exposition Let’s get you pregnant, avec d’autres femmes ayant vécu l’échec de la FIV. Puis je le refais ici.

STRATÉGIE #8 : L’INDULGENCE. 

Je ne peux vous promettre que votre « next happy » sera parfait.  Que votre plan B sera merveilleux.  Que vous trouverez l’amour ou une famille recomposée comme celle qui m’a accueillie à bras ouverts.  Exactement comme aucun « diseur de bonne aventure » ne peut nous promettre qu’on aura des enfants ou des petits-enfants….   Ce que je peux vous dire, c’est que malgré les imperfections d’un plan B, C ou D, c’est que d’avoir un « next happy », ça goûte bon.  Ce n’est pas la vie qu’on avait rêvée mais c’est délicieux, autrement.  On a voulu faire une tarte aux pacanes, on a suivi la recette à la lettre et ça n’a malheureusement pas marché.  Puis on se relève et on se retrouve devant une recette de sorbet aux framboises.  C’est différent, puis on ose essayer.  Et c’est mieux que de passer le reste de sa vie à regarder des photos de tartes aux pacanes ou d’envier ceux qui en mangent.  En gros, faites votre recette de plan B et bourrez-vous la face de sorbet aux framboises !

Mon « next happy » ne veut pas dire que je n’ai plus de peine.  J’ai encore des jours où les épreuves me ramènent à mes doutes et durant lesquelles je dois revenir à ces stratégies…

Ça ne veut pas dire que je ne sanglote pas à la fête des mères, à cause de la perte de ma mère et celle de mes propres enfants qui ne verront jamais le jour.  Mais ça veut dire que j’ai repris gout à la vie, que je souris avec sincérité, que j’aime avec profondeur à nouveau.

En espérant que ce message d’espoir et ces quelques outils pourront en aider certaines.  We are worthy!

 

Nathalie