Témoignage: la non-maternité et la bipolarité

Plus jeune, début vingtaine, j’avais la vie devant moi. Je commençais mes études universitaires en enseignement au primaire car j’adorais les enfants. J’avais comme ambition de faire une maîtrise par la suite, puis de donner vie pour me construire une famille bien à moi. J’ai rencontré mon partenaire de vie de l’époque pendant ma maîtrise justement. Nous étions très amoureux l’un de l’autre et j’étais persuadée qu’il serait le père de mes enfants. Rien ne pouvait contrecarrer cet avenir prometteur.

Puis un jour, je suis tombée malade bien malgré moi. Ce n’était vraiment pas prévu ! J’ai fait une psychose et j’ai été hospitalisée en psychiatrie où j’ai finalement été diagnostiquée bipolaire de type 1. Ça été tout un choc, mais j’ai accepté de me faire soigner et de prendre les médicaments requis. Cependant, mon copain de l’époque, lui, n’a pas accepté cette nouvelle réalité ni ma maladie. Il ne voulait pas vivre aux côtés d’une bipolaire et il craignait que je sois instable. Il a rompu avec moi, à ma plus grande tristesse et mon plus grand désarroi.

J’ai été en peine d’amour durant les deux années qui ont suivies. J’avais du mal à surmonter ces évènements que je considérais comme des échecs. Puis, au bout de trois ans et après avoir enfin terminé mes études, j’ai rencontré un nouvel homme qui m’a accepté tel que je suis.

Toutefois, nous avons décidé d’un commun accord de ne pas avoir d’enfants. D’abord, car j’ai beaucoup de chances d’accoucher d’un enfant malade étant donné ma génétique. Puis, également car je devrais idéalement, pour tomber enceinte, arrêter de prendre ma médication, ce qui est hors de question pour moi car cela assure ma stabilité dans tous les domaines de ma vie.

J’ai fini par faire le deuil d’avoir une famille, mais j’éprouve encore parfois un sentiment de culpabilité ou de regret, de peine ou de l’envie face aux autres femmes qui enfantent. Mais d’un autre côté, je sens au fond de moi que nous avons pris la meilleure décision compte tenu de ma situation. Je suis à la fois forte et fragile, et mon équilibre et ma santé reposent sur beaucoup d’efforts au quotidien.

J’essaie de m’épanouir au travers de projets de couple, de l’entretien de mes liens familiaux et de mes amitiés, de défis personnels et professionnels. Bref, je tente de remplir ma vie de positif malgré tout et de m’entourer de gens qui m’aiment et qui me font du bien. Je crois en la résilience face à l’adversité et à une vie belle et heureuse à deux.

Anonyme