WCW 2019 : La stérilité, une bénédiction?

 

21 septembre: Célébrons notre valeur!

Le doute de soi:  c’est un état qui peut être difficile à accepter au quotidien. C’est indéniable: nous sommes souvent notre pire critique!  Être sans enfant quand ce n’est pas un choix peut nous amener à douter de notre propre valeur dans la société actuelle. Qu’avez-vous découvert de surprenant ou d’extraordinaire sur vous-même à travers votre trajectoire de non-maternité? Est-ce qu’une autre personne vous a accompagnée ou inspirée dans votre quête du sens de votre vie? Voici la réflexion de Madeleine sur ces questions.


 

A un moment donné, j’ai compris que « quelque chose n’allait pas » : cela faisait trop longtemps que j’attendais d’être enceinte, trop de mois pour que je puisse me dire en toute confiance que c’était « juste une question de patience ». Au départ, ça m’a fait un choc. Puis j’ai eu le sentiment d’être maudite, comme si j’avais été mise à la porte de l’ensemble des femmes dignes de ce nom ou du moins, reléguée à un rang inférieur… Ce sentiment était fortement lié à une certaine vision religieuse du mariage. J’avais retenu, en effet, lors de notre préparation au mariage, que la procréation en est la fin première. L’aide mutuelle entre les époux en est la fin secondaire. C’est la manière traditionnelle d’envisager le mariage dans l’Église catholique, en conformité avec saint Thomas d’Aquin. Avoir une famille nombreuse est considéré comme un « signe de bénédiction divine » (CEC 2373). Même si la stérilité n’est pas « mal absolu » (CEC 2379), sous-entendu, c’est un mal quand même. Il va sans dire que cette manière d’envisager le mariage et la stérilité n’était pas pour m’aider.

Petit à petit, j’ai commencé à aller de moins en moins souvent à la messe. J’ai totalement déserté les réunions des familles de la paroisse où nous allions régulièrement, avec mon mari, depuis nos fiançailles. J’ai compris que quelque chose, dans cet univers (peut-être dans cette religion ?), ne me correspondait pas, ou ne me correspondait plus. Péché mortel ? En tout cas, j’ai choisi d’être attentive à mon ressenti, plutôt que de me forcer d’aller à l’église avec, à tous les coups, le moral à zéro en revenant chez moi, après avoir vu les enfants des autres courir et sauter dans les bras de leur mère, et en ressassant au fond de moi à quel point c’est vraiment un « signe de bénédiction divine » que d’avoir des enfants…

En revanche, j’ai entrepris quelques nouvelles lectures. D’une part, j’ai voulu me donner les clefs pour ne pas être abattue psychologiquement par l’infertilité. Dans ce cadre, le livre d’Isabelle Tilmant Une vie sans enfantm’a beaucoup aidée. D’autre part, j’ai commencé à lire la Bible chaque soir avant de m’endormir. J’avais besoin de trouver un nouvel équilibre par rapport à la religion.

Un jour, un séminariste m’a envoyé un texte de Saint Jean Chrysostome, qui donne justement la première place à la dimension spirituelle du mariage, et pour lequel les enfants n’en sont qu’une conséquence possible. Saint Jean Chrysostome envisage clairement la possibilité qu’un couple marié n’ait pas d’enfant (cf. Premier discours sur le mariage). Cela me semblait en harmonie avec les paroles du Christ, qui ne maudit pas les femmes stériles, et qui ne « guérit » pas non les femmes stériles ou infertiles par des grossesses miraculeuses, comme cela s’est vu dans l’Ancien Testament. Ce qui fait la valeur d’une personne, pour Jésus, et d’une femme en particulier, n’a rien à avoir avec le fait d’avoir ou non des enfants. Tout se joue au niveau spirituel. Grâce à cela, j’ai définitivement cessé de me dire que, ne fût-ce que du point de vue religieux, je valais moins qu’une autre.

Ainsi, grâce à mes lectures, je cernais mieux les motifs psychologiques pour lesquels une femme peut souhaiter avoir un enfant, et lesquels étaient les plus prégnants chez moi. Parce que j’y voyais plus clair, je ne me sentais plus assaillie par une foule de sentiments confus. En même temps, je prenais conscience du poids de l’univers religieux dans lequel je me trouvais, et qui ne correspondait qu’à une certaine vision de la femme chrétienne et du mariage. J’ai aussi réalisé que la vision du mariage telle que saint Jean Chrysostome l’expose est plus répandue chez les orthodoxes. « La raison du mariage est d’opérer l’unité spirituelle de deux personnes », écrit ainsi le prêtre orthodoxe russe André Lorgus*.

Cela ne signifie pas pour autant que tous les catholiques aient une vision réductrice du mariage et de la femme. Plus d’un m’ont parlé avec beaucoup de gentillesse et de compassion. Mais le lien très fort entre mariage et procréation dans la Tradition catholique me pose clairement problème. Pourquoi l’infertilité me semblait si dévalorisante ? A cause de motifs théologiques, surtout. En revanche, mon mari, ma famille, mes amis et amies et tous mes proches m’ont toujours écoutée et jamais dévalorisée.

Aujourd’hui je veux croire que la stérilité peut être, elle aussi, une bénédiction. Je ne sais pas si je suis catholique. Mais je sais que ce que Dieu regarde, c’est notre âme : en prendre conscience est un plus grand bien que de mettre dix enfants au monde.

 

Madeleine

 

*La finalité du mariage est l’unité spirituelle de deux personnes

 

CEC : Catéchisme de l’Église catholique