16 septembre: Nos histoires

Si vous êtes sans enfant par circonstances à cause de votre infertilité, parce que  vous n’avez pas rencontré la bonne personne au bon moment ou pour toute autres raisons, votre histoire mérite d’être partagée et entendue. Voici le partage bouleversant de Catherine. 


J’ai toujours pensé que j’aurais des enfants. Facilement.

Je dois désormais accepter la réalité. Difficilement.

Après trois ans et demi d’essais, d’inséminations et de traitements in vitro. Après trois ans et demi d’examens médicaux, de suivis, d’injections et de médicaments. Après trois ans et demi de frustration, de peine, de découragements, d’espoir et de désespoir, nous abdiquons. Nous n’aurons jamais d’enfant.

Tout ce processus fut long et douloureux. Physiquement, oui, mais émotionnellement encore plus. Je ne crois pas que l’humain ne soit fait pour vivre ces montagnes russes d’émotions bien longtemps. L’espoir ne devrait pas toujours être suivi de déceptions. Pour nous, c’était le cas. Et à la longue, ça use. Ça use le mental, le couple et le bonheur de vivre.

Nous sommes bien entourés. Des familles et des amis exceptionnels. Mais l’infertilité rend mal à l’aise. Que peut-on dire pour consoler un couple qui vit ce genre d’échec? Rien.  Nous devons malheureusement cheminer là-dedans « seuls », car même si nous sommes deux àle vivre, un énorme sentiment de solitude s’installe. Le sentiment que ça fonctionne pour tout le monde, sauf nous, fait mal. On se sent vraiment seuls dans notre bateau de malheurs. Et il est temps pour nous de le quitter ce bateau.

À la longue, ces démarches pour avoir un enfant sont obsédantes. Je dirais même étouffantes. Parce qu’on y pense toujours. Parce que notre vie est centrée autour de ça. Même en arrêt de traitement, ce projet prend toute la place. Bien sûr, on continue de vivre, mais on sent toujours que notre vie est moins complète qu’elle ne devrait l’être. On a toujours au fond de l’esprit une pensée pour ce fameux projet de vie qui n’aboutit pas. On vit dans l’espoir constant du changement miraculeux.

La semaine dernière, j’ai fait une fausse couche. C’était notre dernier embryon. La peine est immense. Les pensées se bousculent. On ne saura jamais ce qu’un mélange de nous deux donnerait. On n’aura jamais de petit être à chérir, à éduquer,à voir s’émerveiller. On ne verra jamais grandir et s’épanouir notre enfant. On ne vivra jamais de moment de complicitéavec notre ado. On ne sera jamais grand-parents. On vieillira seuls.

Je pense aux blessantes « tu verras quand tu auras des enfants »ou « un enfant c’est tellement la plus belle chose au monde, c’est ce qui donne un sens à la vie »et je constate tristement que je n’atteindrai jamais ce savoir suprême qu’apparemment seuls les parents détiennent.  Je n’aurai jamais droit àce bonheur parfait et ma vie ne trouvera, semble-t-il, jamais de sens. Et j’ai peur. Peur que ce soit réellement le cas.

Je regarde mon amoureux qui est si douéavec les enfants.  Lui qui, dans une soirée passe plus de temps àamuser les enfants de nos amis qu’àjaser entre adultes.  Lui qui est si dévouéavec notre petit chiot – car oui, l’arrivée d’un petit chien au cours du processus a fait du bien – je le regarde lui qui déborde d’amour pour cette petite bête et ça me déchire.  Ça me déchire de savoir qu’il ne sera jamais papa.

Mais notre douleur, aussi lourde soit-elle, est pourtant étrangement accompagnée d’un sentiment de délivrance.  Car maintenant, nous savons.  Il n’y a plus de doutes. Plus de faux espoirs. Nous pouvons, enfin, commencer petit à petit à nous reconstruire.

La reconstruction sera ardue. Je pense que tous les jours, pour le reste de nos vies, quelque chose nous rappellera notre triste réalité.  Je pense qu’il faudra s’armer de patience pour que notre chagrin se transforme en réel sentiment de paix intérieure. Je sais que ce sera difficile, mais je suis convaincue que le pire est derrière nous.

Cette semaine, peu de temps après l’atroce nouvelle, je me suis sentie amoureuse. Et j’ai constaté à quel point nous avions oublié de nous aimer mon partenaire et moi tout au long de notre mésaventure.

Voilà où je débuterai ma reconstruction. L’amour. L’amour pour lui, l’amour pour nous, l’amour pour notre chat Jacques et pour notre chien Bernard, l’amour pour notre vie différente, l’amour pour notre famille hors normes. L’Amour.

Catherine Audette

Québec, 14 septembre 2019