Première entrevue avec un homme sans enfant et quelques ressources pour les soutenir.

Voici  le résultat de ma rencontre,  il y a un an déjà,  avec un homme sans enfant dans la cinquantaine que nous nommerons François, dans le but de préserver son anonymat.

Depuis cette entrevue,  j’ai  fait la découverte d’un chercheur s’intéressant à la condition des hommes sans enfant et de ressources pouvant aider ces derniers. Je suis heureuse de les partager avec vous aujourd’hui à la fin de ce billet.

Bonne lecture!

1- François, pourquoi n’avez vous pas d’enfant ?

 Durant ma petite enfance, j’ai été victime d’un père très violent. À l’âge de 5 ans,  mon père m’a asséné un coup dans les parties génitales ce qui m’a rendu impuissant.

2- La violence de votre père  a-t-elle eu d’autres répercussions dans votre vie ?

J’ai perdu l’audition dans une oreille suite à un coup à la tête. Ce choc cérébral a provoqué l’éclatement de mon tympan.

3- Peut-on dire que votre parcours familial a été plutôt éclaté et difficile ?

Oui. À l’âge de 11 ans, j’ai été placé dans un foyer d’accueil. À 15 ans, j’ai fui pour le Nouveau- Brunswick où j’ai commencé à travailler. Puis, je suis revenu au Québec vers l’âge de 17 ans dans le but de revoir mon père. Il a toujours refusé d’entrer en relation avec moi et ce jusqu’à sa mort, il y a cinq ans. Je n’ai également plus de relation avec ma mère depuis de nombreuses années.

4- Malgré toute cette violence psychologique et physique vécue, ressentiez-vous l’envie de créer une famille avec une femme et d’être un père biologique ?

Oui, j’aurais voulu avoir des enfants et fonder une famille.  Pour moi, cela représentera toujours un grand vide dans ma vie.

5- Est- ce que votre impuissance a été un frein à l’établissement d’une relation à long terme avec une femme ?

De l’âge de 20 ans à 45 ans, j’ai du subir de nombreux revers de la part des femmes désireuses d’avoir des enfants naturellement. Cela m’a occasionné beaucoup de souffrance et de frustration. Parfois, je suis même allé jusqu’à mettre un terme à mes relations avant même d’avoir parlé ouvertement de ma situation, par peur du rejet.

 6- Avez-vous vécu une relation « stable » avec une femme ayant déjà des enfants ?

Oui. J’ai vécu une relation avec une femme pendant onze ans. Celle-ci était mère par adoption d’une fille. J’ai donc heureusement goûté un peu au bonheur d’être père, d’être parent. Je n’ai toutefois plus de contact avec la jeune fille en question depuis 2005 à cause de raisons personnelles.

7- Est-ce plus facile de rencontrer des femmes maintenant que vous êtes dans la cinquantaine ?

Depuis le début de la quarantaine, je constate effectivement qu’il est plus facile de rencontrer des femmes car celles-ci ne cherchent plus à fonder une famille. Je trouve toutefois difficile, à mon âge, de m’intégrer dans une famille déjà constituée. J’ai toujours l’impression que je serai perçu comme “l’étranger”  qui tente de s’intégrer au clan familial déjà existant. C’est principalement pour cette raison que j’ai fait le choix de rester seul pour l’instant.

8- Est-ce que la Fête des Pères représente un moment douloureux de l’année ?

Oui. J’aurais aimé être un peu comme tout le monde, avoir des enfants et laisser un peu de moi sur terre après ma mort. J’aurais voulu connaître aussi le bonheur de ressentir une complicité avec mon enfant. J’envie parfois mes frères et sœurs d’avoir des enfants.

En fait, toutes les fêtes représentent pour moi des moments difficiles car elles exacerbent ma solitude et me rappellent que je n’ai pas d’enfant.

9- Enfin, à travers quoi vous réalisez-vous en tant qu’homme ?

Je me réalise beaucoup à travers mon travail que j’adore : je fais de la rénovation.

J’aime également le jardinage et passer du temps à fouiner sur internet pour faire des recherches et discuter sur les réseaux sociaux. J’adore aussi explorer les destinations soleil quelques fois par année.

Je vis aussi une grande passion depuis 30 ans pour la moto. J’ai toujours aimé voyager, découvrir, connaître le monde qui m’entoure. La pratique de la moto me le permet.

Enfin, je m’implique dans la lutte contre le cancer en faisant du bénévolat.

Merci François de votre ouverture et de votre générosité. J’aurai une pensée pour vous en cette Fête des Pères…

Catherine-Emmanuelle

Ressources:

Robin Hadley: chercheur à l’Université de Keele sur les hommes sans enfant par circonstances de la vie.

Mensfe: Men’s fertility web site

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