Ce que j’aimerais qu’on sache sur ma vie sans enfant!

Voici un article créé à partir des commentaires que plusieurs FSE de la francophonie qui ont pris le temps de m’écrire. Je partage ainsi leurs pensées et témoignages dans le cadre de cette journée dédiée à parler des choses qu’on aimerait que le grand public et nos proches comprennent mieux au sujet de notre réalité de vie sans enfant. Notez qu’à la demande de certaines femmes, leurs noms ont été modifiés afin de préserver leur anonymat: 
Témoignage 1
« …Je suis fse par circonstance, puis par choix depuis mes 39 ans – j’ai 42 ans.
Je me suis séparée d’une relation de 10 ans à 33 ans, et depuis, je me suis reconstruite et je n’ai rencontré aucun homme avec qui j’ai eu envie de fonder une famille.
 J’aimerais que les gens sachent que même sans enfant, et sans conjoint,  j’ai envie d’ancrage, d’appartenance et de repos. De sécurité émotive, d’intimité.
Mes amies avec enfant me disaient : tu es libre toi, tu peux faire la fête, veiller tard, voyager, rencontrer plein de monde, c’est plus facile de rencontrer, etc.
Bien sur que je n’ai pas les « contraintes » horaire et spatiales de la maternité et en même temps, je veux ma tribu. Mon ancrage. Une routine bien entourée, uù je suis le premier choix de quelqu’un pour les vacances, pour le week end, pour les confidences.Ce n’est pas parce que je n’ai pas d’enfant que je veux  continuer la vie de jeune adulte qui sort et fête . J’ai aussi transformé mon mode de vie ,même en étant sans enfant. Je ne bois plus beaucoup. Je préfère me coucher tôt et profiter de ma journée, faire du plein air et être en nature plutôt que sortir veiller ou magasiner. C’est comme si les enfants avaient le dos large sur le changement de mode de vie.
Je ne suis pas plate, au contraire.
Je suis plus vivante que jamais !
Isabelle
Témoignage 2
« …Renoncer à la maternité, choisie ou subie, bouleverse profondément. Il faut parfois tout un travail sur soi pour se créer un nouveau chemin vers le bonheur. Car ne pas avoir eu la vie imaginée ne signifie pas renoncer à celle que l’on peut encore  construire. J’y travaille encore…. » 
Adrienne
Témoignage 3
« …Je n’ai jamais eu envie d’enfanter mais l’idée d’adopter ou d’accueillir des enfants par alliance me plaisait. J’ai vécu deux avortements naturels (grossesses accidentelles) et je pense que j’aurais gardé l’enfant dans les deux cas. J’ai aussi été une belle-mère « step mom » par alliance pendant quelques années. Comme quoi la ligne entre choix et circonstances de la vie peut parfois être floue…. »
Sophie
Témoignage 4
« …Que l’on a besoin de l’exprimer ce deuil qui nous accompagne pour la vie. Nous avons besoin d’écoute, de sensibilité et d’être accompagnées avec empathie et respect… »
Chantal
Témoignage 5: 
« …Ma vie est belle, ni plus ni moins et que cette vie sans enfant a de la valeur et est tout autant légitime que d’autres vies. Une vie bien remplie de rencontres, de doutes, de quêtes, de petits et grands bonheurs … »
Véronique
Témoignage 6:
« …Alors je voudrais qu’on sache :
1) Que lorsqu’on prévient qu’on n’a pas eu d’enfant, on ne cherche pas une solution. Ne nous parlez pas d’adoption, de mère porteuse ou de don de sperme. On ne peut pas avoir d’enfant, c’est tout.
2) Ne nous parlez pas de tout ce qu’on manque (oh tu ne connaîtras jamais les nuits blanches, les premiers mots, les rentrées des classes), parlez-nous plutôt de ce qu’on vous inspire (tu sembles apaisée, je te trouve courageuse).
3) Ne soyez pas malheureux pour nous, ouvrez-nous les yeux sur la beauté du monde.
4) La douleur n’est pas éternelle. On peut être heureux sans enfant. Ce n’est pas une fatalité, juste un chemin différent.
5) Ne nous excluez pas de votre vie de peur de nous blesser. Parlez-nous, nous vous exprimerons nos craintes, nos peurs et nos limites. Ne décidez pas pour nous ce que nous sommes ou ne sommes pas capables de supporter… »
Karen
Témoignage 7: 
« … Sur ma vie sans enfants, j’aimerais que les gens sachent :
Qu’on a aussi une charge mentale même si elle est différente ; que ne pas être mère n’empêche pas d’être une femme formidable digne d’être fêtée ; que oui je veux bien une place dans la vie d’enfants mais non, ceux des autres ne remplacent pas ; que mes ressentis vont et viennent et qu’ils sont tous légitimes… »
Norlane
Témoignage 8:
« …On voudrait que les gens sachent que la douleur de l’absence peut côtoyer l’appréciation de la liberté. Que ce n’est pas nécessairement tout noir ou tout blanc. Que parfois c’est difficile de renoncer à des rêves, mais que c’est aussi vraiment magique d’en créer de nouveaux. Que le fait de ne pas réussir à avoir d’enfant ou ne pas en vouloir, ce n’est pas une fatalité ou un gage de malheur. Qu’on peut s’épanouir dans d’autres rôles, dans d’autres rêves ou dans d’autres voies. Que malgré ce que la société nous apprend, il n’y a pas que les enfants qui peuvent mener au bonheur… »
Témoignage 9:
« …Je veux que les gens sachent qu’ils me rendent invisible. Même les gens qui savent ce qui se passe pour moi le font. Même des amies proches. Des conversations qui se passent précisément parce que j’ai partagé ma situation et puis deux minutes plus tard il semble que je n’existe plus: «… C’est bizarre qu’il y a autant de contrôles avant de pouvoir adopter quand n’importe qui peut avoir un enfant… » – Je ne suis pas n’importe qui; « il y a autant de familles qui ont des enfants avec des anniversaires similaires mais ce n’est pas tellement curieux, ce n’est que quand ils choisissent avoir un enfant » – je n’ai pas ce choix.
Merci pour tous ce que vous faites pour nous rendre plus visible!… »
Naomi
Témoignage 10:

« …Il y a un chagrin dont on ne soupçonne pas toujours l’existence : celui de vivre sans enfant, après avoir essayé, parfois presque tout tenté.

Les « C’est pour quand les enfants? » ou les « Tu as des enfants? » peuvent raviver une douleur que personne ne voit. Et parfois, lorsque la réponse est non, la conversation s’arrête, comme si notre vie était soudainement moins intéressante.

J’apprends tranquillement à dire que je n’ai pas d’enfants, sans que les mots viennent tout chambouler à l’intérieur. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, ni d’avoir presque tout tenté. Le sujet reste sensible, mais chaque jour, j’avance un petit peu.

Et surtout, j’ai rencontré des femmes comme moi. J’ai compris que je ne suis pas seule, ni anormale, et que mon deuil est légitime.

Le deuil reste là, mais il est possible d’avancer un peu plus sereinement lorsqu’on n’a plus à le porter dans l’ombre. Merci à celles qui, comme Catherine-Emmanuelle, mettent de la lumière sur nos réalités. Une femme, une parole, un pas à la fois…. »

Laure

Témoignage 11

Dix choses que j’aimerais qu’on sache sur notre vie sans enfant: 

1)      Les stéréotypes. La femme de carrière. L’ambitieuse. La « Tanguy ».  L’immature. La « vieille fille aigrie ». La globe-trotter. La femme aux chats. Les clichés ont la vie dure…mais ils ne représentent pas forcément notre réalité.

2)      Les jalons de la vie. Un diplôme. Un emploi. Un couple. Un condo. Après? Quelle est la prochaine étape? C’est pour quand les enfants? Est-ce que ça va arriver? Quand « la suite logique » n’arrive pas, il peut être difficile de se redéfinir par la suite.

3)      Les jalons de la vie, partie 2. Les amies tombent enceintes l’une après l’autre. Les copines du secondaire sont rendues avec des « adolescents ». Les collègues partent en congé de maternité. On peut facilement se sentir « en retard » sur les autres.

4) La réussite. Une maîtrise. Un marathon. Une bourse. Un livre. La tentation peut être forte de performer dans d’autres domaines (carrière, études, loisirs, bénévolat, etc.) pour compenser le fait de ne pas avoir eu d’enfant.

5)      Les relations sociales

« Est-ce qu’on peut reporter notre souper? Rosie est malade ». 

« On annule notre soirée, ma gardienne a eu un empêchement». 

« Avec le soccer de Benjamin, le karaté de Mathilde et les séances de tutorat pour Sophie, ça va être vraiment difficile de trouver un moment pour faire de quoi ensemble cet automne. Peut-être aux Fêtes… ». 

La famille devient la priorité chez les autres. On s’éloigne petit à petit. Certaines relations sociales s’étiolent. Et c’est souvent frustrant.

6)      Les petites choses du quotidien

« Hier, je suis allée reconduire Simone au camp de jour. Elle et son amie ont joué dans les modules de jeux. » 

« Chez nous, Noah a commencé à marcher! » 

« Nous on a pris rendez-vous pour aller faire évaluer Philippe pour le TDAH » Et toi, quoi de neuf chez vous? 

J’ai parfois l’impression que mon quotidien peut avoir l’air frivole (voire sans intérêt) et qu’il faudrait que j’annonce une immense nouvelle pour que ça vaille vraiment la peine d’être raconté.

7)      Les festivités. De nombreuses périodes de la vie peuvent être très lourdes à vivre ou être synonymes de solitude (ex. : temps des Fêtes, vacances, fêtes des Mères).

8)      Les festivités, partie 2.  Pâques. La rentrée. Halloween. Certains rituels sociaux axés sur la famille ou les enfants sont tout simplement absents de nos vies. Pâques : une journée comme une autre, au lieu d’une chasse aux oeufs endiablée dans la cour.

9)      La charge mentale. Faire le ménage. Les courses. La cuisine. Penser à poser les pneus d’hiver. Ne pas oublier de payer la facture d’électricité. Organiser des vacances. Meubler la fin de semaine. Planifier le rendez-vous chez le dentiste. Qui a dit que la vie des personnes sans enfant (célibataires!) n’était que partys, dating, et liberté? 

10)      Les élections. Parmi les engagements électoraux axés sur la famille, les enfants, les mères et les garderies, je ne sens pas vraiment que les partis politiques ne comprennent notre réalité. Oui, j’irai voter… mais je ne sens pas qu’on s’adresse vraiment à moi et aux autres personnes qui n’ont pas d’enfant… »

Iris

Témoignage 12: 

Aux parents:

« … Votre vie n’as pas plus de valeur que la mienne. Soyez curieux. Je pense pouvoir  vous apprendre bien plus que vous ne le pensez… »

Florentine

Témoignage 13:

« …Cette question de l’adoption qu’on nous balance comme un lot de consolation dont on devrait se réjouir est  très agaçante: ne nous cherchez pas de solutions!… »

Annie

Merci à toutes les FSE de la francophonie qui ont pris le temps de m’écrire leurs pensées et témoignages dans le cadre de cette journée dédiée à parler des choses qu’on aimerait que le grand public et nos proches comprennent mieux au sujet de notre réalité. 

 

Catherine-Emmanuelle

TRA, Thérapeute en relation d’aide™, conférencière, autrice, animatrice et célébrante funéraire

Créatrice de femmesansenfant.com


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