Tu ne le sais pas, toi,
que derrière cette question d’apparence si anodine,
posée en toute naïveté, accueillie à l’infini,
il y a un monde entier qui vacille.
Il y a eu le temps de l’attente,
où chaque fois, la question rouvrait
le doute, la peur,
l’espoir fragile qui tremble sans tenir.
Puis il y a eu le moment où j’ai compris.
Que cela n’arriverait pas.
Alors la question n’a plus été la même.
Elle s’est chargée de honte,
d’un sentiment d’échec difficile à nommer,
de cette peur sourde de sentir les larmes monter,
déborder,
trahir ce que je tentais de contenir.
Avec le temps,
elle est devenue prévisible.
Presque inévitable.
Alors j’ai appris à l’éviter.
Certains lieux, certaines rencontres.
Des retrouvailles que j’ai laissées passer,
pour ne pas avoir à répondre.
Une question banale, en apparence.
Une réponse habitée.
Une question de surface,
posée pour entrer en lien,
et une réponse courte,
resserrée, polie,
déposée du bout des lèvres pour ne pas s’y attarder.
Vite, dévier.
Reprendre le fil ailleurs.
J’ai appris ma réponse.
Je l’ai répétée jusqu’à ce qu’elle devienne lisse,
presque sans aspérité.
Comme un texte su,
récité sans y être.
“Non… j’aurais souhaité en avoir,
… mais ça n’a pas fonctionné.”
Et puis il y a ce moment suspendu.
Le tien. Le mien.
Je vois que tu ne savais pas.
Je sens ton hésitation,
tes mots qui cherchent où se poser.
Le malaise s’installe,
discret, mais bien là.
Alors je viens t’aider à refermer.
“C’est la vie.”
Comme si cela suffisait.
Comme si cela pouvait tenir dans si peu.
Comme si, vraiment,
c’était banal.
Julie Demers (FSE par circonstances)