Entrevue 14: Hélène Spitaels, une femme de 31 ans, divorcée et sans enfants.

Hélène Spitaels habite Bruxelles, en Belgique. Elle est coordonatrice de projets en matière de santé et d’alphabétisation dans une association féministe.

Elle est âgée de 31 ans, divorcée et sans enfant par choix.

 

1-Dans quel type de famille avez-vous grandi?

J’ai grandi dans une famille traditionnelle. Mon père travaillait à temps plein. Ma mère travaillait à temps partiel pour s’occuper des enfants. Mes frères et moi ( je suis l’aînée), devions prendre part aux tâches ménagères pour aider maman. Mon père ne faisait pas grand chose dans ce domaine.

J’ai grandi en étant sensible aux injustices, et sans doute, en étant conduite à cela par l’éducation que j’ai reçue. Les inégalités économiques ont été les premières à me déranger.

 

2- Parlez-nous de vos choix et de votre évolution à l’âge adulte.

J’ai ensuite choisi de faire des études en communication. Pour cela, j’ai quitté la maison pour aller m”installer à Bruxelles. Après mes études, j’y ai trouvé du boulot. J’y vis toujours.

Je me suis mariée à l’âge de 25 ans et je suis maintenant en procédure de divorce.

 

3- Comment en êtes-vous venue à faire le choix de ne pas avoir d’enfants?

Je n’avais pas envie, pendant ma relation, de faire des enfants. Vite, j’ai fait part à mon partenaire que ce n’était pas dans mes projets. D’abord parce que j’étais encore jeune et que j’avais mille et unes choses encore à vivre.

Ensuite, je crois qu’inconsciemment, j’ai senti que je ne voulais pas faire d’enfants avec lui.

Cela m’a amenée à questionner mon désir d’enfants et à me rendre compte que je n’avais pas particulièrement envie de vivre cela. La grossesse n’est pas quelque chose qui m’attire. Et puis, j’avoue, ce qui me rebute le plus, ce sont les difficultés administratives et pratiques liées au fait d’avoir des enfants: baisse de revenus pendant le congé de maternité, difficultés à trouver une place d’accueil pour l’enfant, manque de place à l’école maternelle, nécessité d’adapter ses horaires et ses activités, etc. Tout cela me fait peur.

Par ailleurs, depuis peu,  je me demande si mon désir d’enfant à l’adolescence était réel ou né du fait qu’on offre pas à l’imaginaire des filles de se construire différemment. Aurais-je pareillement eu envie d’enfant si on m’avait permis de me réaliser avec les deux possibilités? Je ne sais donc pas aujourd’hui si mon non- désir d’enfant n’est pas une réaction à une obligation qu’on me donne.

Enfin, aujourd’hui, je fréquente un homme qui partage avec moi le non-désir d’enfant. Au sein de notre relation, cette question ne se pose donc pas et cela me convient totalement.

 

4- Si vous aviez eu des enfants, quelles valeurs auriez-vous désiré leur transmettre?

Des valeurs d’égalité entre les personnes, de simplicité, d’honnêteté et de respect. Également, des valeurs de lutte et de volonté de transformer ce que l’on juge injuste.

 

5-Est-ce que les enfants sont présents dans votre vie?

Très peu. Quelques amis commencent à avoir des enfants.

 

6- Quelle place occupe dans votre vie:


a) La famille:

La famille est très présente même si ce n’est pas toujours facile. Il m’est important de maintenir, de construire avec mes frères et plus largement ma famille, des rapports simples et légers.

b)Les amis:

Mes amis sont essentiels dans ma vie. Comme je suis à peu près la seule de ma famille proche à avoir quitté la région où nous avons grandi, ma famille à Bruxelles ce sont mes amis. Je les vois beaucoup et nous faisons beaucoup d’activités ensemble.

c)Le travail:

Comme je chéris mon indépendance presque plus que tout, mon travail est très important dans ma vie parce qu’il me la rend possible. Par ailleurs, j’aime le fait d’avoir un emploi valable à mes yeux. Cependant, je refuse que mon travail prenne toute la place dans ma vie: je tiens à mes loisirs et à mes moments de repos.

d) Les loisirs:

Je fais énormément de choses. Je danse, je lis, je vais au cinéma, aux concerts. Je sors aussi avec mes amis pour prendre l’apéro, nous  retrouver et  discuter. Je voyage un peu et je me promène beaucoup à pied ou à vélo. Toutes ces choses sont importantes pour moi.

e) Le bénévolat:

 J’ai longtemps été bénévole dans une association de promotion du cyclisme quotidien. Malheureusement, des événements sont venus remettre en question mon implication dans cette association. Depuis, je consacre moins de temps au bénévolat. Mais sans doute, m’impliquerais-je un jour ailleurs.

 

7- Quelle est selon vous la place et le rôle d’une femme sans enfant dans la société?

Une femme sans enfant a droit à la même place dans la société que n’importe quel autre être humain. Je refuse que le statut ( par rapport à un homme ou un enfant)  détermine la place ou le rôle qu’une femme peut avoir.

Par ailleurs, j’en ai assez de me faire dire: “Et toi, c’est pour quand?” ou “Et maintenant que tu es séparée et à nouveau célibataire, ça ne ta fait pas peur? C’est le temps qui avance…”

Je ne pense pas qu’une femme ait besoin d’avoir un enfant pour se réaliser. Je ne suis pas moins femme parce que je n’ai pas d’enfant.

 

8- Avez vous eu à faire le deuil de porter un enfant, de donner naissance, d’être mère et d’avoir une famille?

Non.

 

9- Quels sont, selon vous, les préjugés les plus tenaces à l’endroit des femmes sans enfant?

Le fait qu’elles ne sont pas tout-à-fait femmes. Le fait aussi que ça ne peut être qu’un choix négatif ( parce que je ne peux pas enfanter, parce que je n’ai pas rencontré la bonne personne) et pas un choix réel et pleinement assumé. Le fait qu’elles soient égoïstes.

 

10- C’est comment la vie d’une femme sans enfant? Quels sont les avantages et les inconvénients?

Je ne vois pas réellement d’inconvénients. Je fais mes horaires comme je le souhaite. j’ai l’occasion de faire tout un tas d’activités. Je peux m’impliquer dans mon travail. J’aime cette liberté, cette indépendance.

 

11- À travers mes entrevues,  j’ai remarqué que beaucoup de femmes sans enfant avaient des animaux. Est-ce votre cas? Est-ce que cela comble un besoin de maternage?

J’ai toujours eu des animaux et j’en aurais sans doute si j’avais des enfants. J’ai toujours grandi avec des chats. Je ne sais donc pas ce qu’est la vie sans leur présence. Je ne pense pas materner mes chats ou alors,vu le peu de temps que je leur consacre, je ferais une terrible mère!

 

12-Enfin, quelle femme vous inspire ou est votre modèle? À qui vous identifiez-vous en tant que femme sans enfant?

Je n’ai pas de modèle de femme sans enfant. On ne m’en a pas donné.

Ce qui me ressource, c’est la discussion avec mes amies, elles aussi nullipares, sur notre décision, ce qu’on traverse, l’argumentaire que l’on développe sur le sujet et ce que l’on en retire.

Le féminisme me permet aussi d’avoir un recul sur ma situation et d’en discuter avec d’autres personnes.