Patricia Grange: une poète béninoise, sans enfant par choix.

“J’ai toujours eu envie de voir mon ventre s’arrondir mais je ne l’ai jamais voulu”. 

                                                                                                                            Patricia Grange

 

Née au Bénin, Patricia Grange ans a fait ses études en France. Elle devient traductrice. Puis, vers la fin de la vingtaine, peu après son mariage, Patricia réalise qu’elle n’a pas de désir d’enfanter et s’empare de la plume pour en parler.

C’est en effet en 2013 que la poète, à 34 ans, publie son recueil de poésie: Ventres, sons creux , d’où le texte A-MÈRE est tiré.

Depuis fin 2011, elle est aussi  la rédactrice du blogue Papillons de Mots et a mis en ligne son propre site, Le jardin de Mariposa.

1-Patricia, est-ce que votre décision de ne pas enfanter a été bien accueillie par vos parents et votre famille en général?

J’étais très craintive à l’idée d’annoncer cette décision à ma famille.  Je suis issue d’une culture africaine dans laquelle ne pas vouloir d’enfant est incompris,  très mal vu, c’est un tabou. Ce n’est pas “normal” pour une femme de ne pas vouloir d’enfant. C’est ce que j’exprime dans mon poème Cercle de Vénus:

Je suis née dans un cercle

Dont la mère est le centre

Dont l’enfant est la périphérie

Lorsque j’ai annoncé notre décision à ma famille, ils ont commencé par en rire et se moquer gentiment de moi en me disant que j’allais forcément changer d’avis. Puis, devant ma persistance, ils ont manifesté  un véritable déni de la situation. C’est aussi pour eux que j’ai écrit ce recueil pour qu’ils comprennent. Aujourd’hui, une partie de ma famille a accepté ma décision, l’autre s’y est résignée sans toutefois réellement l’accepter.

2-Quels sont les préjugés les plus tenaces à l’endroit des femmes sans enfant par choix?

Qu’elles ont des problèmes psychologiques, qu’elles sont égoïstes, trop ambitieuses ou toutes des carriéristes.

3- Avez-vous peur de vieillir sans enfant?

Tout d’abord, je ne souhaite pas hypothéquer ma vie actuelle par rapport à une éventuelle situation à venir.

Ensuite, force est de constater que de nos jours, ce n’est pas parce qu’on fait des enfants qu’on est obligatoirement entourée de ses enfants dans sa vieillesse, quels que soient les liens qu’on entretient avec eux. La vie appelle de plus en plus les gens à vivre loin de l’endroit où ils sont nés. Plus tard, je n’aurai pas à me plaindre de ne pas recevoir de visite de mes enfants ou de mes petits -enfants, parce que je n’en aurai pas, tout simplement et que, j’aurai appris à vivre sans eux depuis bien longtemps!

Enfin, non je n’ai pas peur de vieillir sans enfant, car je ne crois pas qu’aux liens du sang. Quand on s’investit dans sa vie en amour,  en amitié et à travers une passion, on ne peut être seule. De plus, il existe aujourd’hui de  nombreuses actions dans lesquelles s’investir si vraiment le “manque” venait à se faire sentir à ce moment-là. On peut-être grand-parent de coeur.

4- Y a-t’il un livre au sujet des femmes sans enfant qui vous ait marqué particulièrement?

Oui : Lettre à l’enfant que je n’aurai pas de Linda Lê.

5- Avez-vous des modèles de femmes sans enfant auxquels vous vous identifiez particulièrement?

Non. Les modèles de femmes sans enfant sont encore à ce jour si peu diffusés qu’il m’est difficile d’en nommer.

6-Comment vous réalisez-vous au quotidien comme femme sans enfant?

C’est à travers les diverses sphères de ma vie que je me réalise en tant que femme. Par ma poésie, je m’exprime librement. Je suis aussi impliquée dans diverses associations artistiques et socio-historiques de la région de Bordeaux et d’ailleurs. Ma relation amoureuse et mes amitiés occupent aussi une grande place dans ma vie. Il  y a également  mon travail de traductrice. Et finalement, les moments que je passe dans ma cuisine et mon jardin de fleurs dont j’adore m’occuper.